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quelques temps que Chris me parlait de ce projet. Interpellé
par le titre de l'album des allemands de Yage, "Anders Leben !?",
Chris s'est intérrogé sur sa propre vie, et les choix
qu'il fait pour éviter le conformisme d'une vie trop souvent
vide de sens. A travers son témoignage, nous aimerions lancer
une nouvelle rubrique dont l'existance ne dépendra que de vous…
En effet, nous souhaiterions que vous vous exprimiez, qu'à votre
tour vous fassiez part de votre expérience. Cette rubrique aimerait
devenir un carrefour où les opinions se croisent et les expériences
s'enrichissent. Pour une fois, nous vous demandons d'être acteur,
d'offrir, de partager et de ne plus seulement passer par ici. J'espère
que l'expérience fonctionnera et prendra de l'ampleur. Cela ne
dépend que de vous.
Pour
cela, il vous suffit d'envoyer vos textes à notre adresse,
et nous mettrons en ligne les meilleurs. Le but n'étant pas de
censurer les textes, mais juste de ne pas transformer cette rubrique
en forum, très présents sur Internet, mais bien trop souvent
vides de contenu et inintéressants. J'espère que vous
adhérerez à notre démarche en prouvant que notre
scène n'est pas une copie dissimulée d'une société
passive.
Illustration
par Olivier Remy

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8.
Christophe, le Mans
Depuis
que cette chronique a été mise en place, je m’étais
juré d’y participer, à la fois parce que je trouvais
le sujet intéressant et que je voulais poser modestement ma pierre
à l’édifice et par intérêt pour Yage…
Seulement voilà, comme souvent chez moi, entre le moment où
je décide quelque chose et le moment où je le fais, il
y a beaucoup d’eau qui coule sous les ponts. Peut-être parce
que je ne vis pas autrement justement (je suis trop le nez dans le guidon
à expédier les affaires courantes…) ou aussi à
cause de la flemmardise qui fait que je repousse toujours au lendemain
…
Si j’écris aujourd’hui, c’est parce que je
suis en arrêt de travail… déjà tout un symbole
en soi dans cette rubrique : je ne travaille plus donc je prends
le temps de faire autre chose, de vivre autrement. De là à
dire que c’est le boulot qui empêche de vivre autrement,
il n’y a qu’un pas, vous l’aurez compris. Comble de
l’ironie mon arrêt de travail a été provoqué
par un accident de voiture sur le trajet de mon boulot. La bagnole,
quel bel exemple pour cette rubrique « Vivre autrement » :
si personne ne peut contester son utilité, on connaît tous
les problèmes qu’elle engendre, pollution (sonore et atmosphérique)
et accidents si nombreux et si coûteux en vies gâchées.
Alors la voiture, en avoir ou pas ?
Mais si j’ai mis si longtemps à me décider à
participer à cette rubrique, c’est aussi parce qu’au
fond de moi-même, je me demandais bien ce que j’allais bien
pouvoir dire, moi qui vis selon un schéma ultra classique. En
effet, il est temps que je me présente : je m’appelle
Christophe, j’ai 32 ans, je suis marié, j’ai 2 enfants
(en plus un garçon et une fille, quelle originalité !),
j’ai un boulot (prof d’anglais dans un collège),
une maison, un ordinateur, une télé, un magnétoscope,
un lecteur DVD, un aspirateur, une machine à laver, et jusqu’il
y a peu une voiture, mais ça, je vous l’avais déjà
dit. Bref la vie de famille on ne peut plus typique. Au fait, pour mon
côté rebelle je n’ai pas de Monospace ni de Labrador…
Bref, vivre autrement que quoi et que qui ? L’Autre se définit
forcément par rapport à la norme en vigueur, par rapport
à la moyenne. Dur pour moi qui ne suis ni homosexuel, ni drogué,
ni chômeur, Rmiste ou précaire (quoique ça pourrait
bien devenir la norme avec quelques efforts supplémentaires de
nos gouvernements UMP et dans ce cas je serai hors norme… dois-je
sérieusement m’en réjouir ???). La norme c’est
aussi la société, la cadre dans lequel on vit et avec
lequel on est obligé de composer : comme le rappelle Yage,
le cadre, c’est cette société basée sur la
consommation.
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On
est tous obligés de s’habiller, de manger et si possible
d’avoir un toit, ce qui suppose de payer les factures et le loyer.
On participe donc à un système dans lequel on n’est
qu’un rouage. Bien sûr, ce système on peut le moduler
en fonction de nos « choix personnels », si tant
est qu’ils existent (Baptiste retranscrit très bien ce
que dit Bourdieu là-dessus) : je suis d’accord avec
Mathieu quand ils parlent de boycott de telles ou telles marques de
fringues parce qu’elles exploitent le travail des enfants et que
dire des conditions misérables de travail des adultes (le summum
étant le travail forcé des prisonniers chinois ou autres).
Mais le « vivre autrement », il faut le définir
aussi par rapport à la relation que l’on entretien avec
la culture et ce n’est pas au lecteur de Positive Rage que j’apprendrai
cela… Quand je choisis d’écouter un disque de Fugazi
plutôt qu’un produit R’n’B façon MTV
avec un gland à la chaîne en or qui se trémousse
devant une grosse bagnole et des pétasses déshabillées
qui se trémoussent elles aussi, je vis autrement. Quand je choisis
de regarder tel film de Ken Loach plutôt qu’une émission
télé réalité à la mode TF1 (quoique
M6 fasse pas mal non plus), je suis en dehors de la norme là
aussi, sans sombrer dans l’intellectualisme pour autant !
Je boycotte le produit marketing qu’on me sert sur un plateau
et qu’on voudrait me faire gober.
Globalement, nos boycotts ne sont qu’une goutte d’eau dans
l’océan, bien évidemment. Nous n’avons pas
la naïveté de croire que nos actions empêcheront Total
de continuer son exploitation en Birmanie, ni Lu de virer ses employés
dans une usine qui fait des bénéfices (mais pas assez
pour les actionnaires), ni même le PDG de Carrefour de partir
avec un parachute doré de 38 millions d’euros (ça
doit permettre de vivre autrement ça…). Seulement, le fait
de prendre conscience du monde qui nous entoure, c’est déjà
résister, c’est peut-être déjà vivre
autrement.
/Christophe/
suite
des témoignages |