Voilà quelques temps que Chris me parlait de ce projet. Interpellé par le titre de l'album des allemands de Yage, "Anders Leben !?", Chris s'est intérrogé sur sa propre vie, et les choix qu'il fait pour éviter le conformisme d'une vie trop souvent vide de sens. A travers son témoignage, nous aimerions lancer une nouvelle rubrique dont l'existance ne dépendra que de vous… En effet, nous souhaiterions que vous vous exprimiez, qu'à votre tour vous fassiez part de votre expérience. Cette rubrique aimerait devenir un carrefour où les opinions se croisent et les expériences s'enrichissent. Pour une fois, nous vous demandons d'être acteur, d'offrir, de partager et de ne plus seulement passer par ici. J'espère que l'expérience fonctionnera et prendra de l'ampleur. Cela ne dépend que de vous.

Pour cela, il vous suffit d'envoyer vos textes à notre adresse, et nous mettrons en ligne les meilleurs. Le but n'étant pas de censurer les textes, mais juste de ne pas transformer cette rubrique en forum, très présents sur Internet, mais bien trop souvent vides de contenu et inintéressants. J'espère que vous adhérerez à notre démarche en prouvant que notre scène n'est pas une copie dissimulée d'une société passive.

 

Illustration par Olivier Remy

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7. Dead Batman
Il semblerait que la vie qui nous est offerte, "prête à vivre", n'est qu'une succession de lignes droites, de boulevards à l'authenticité factice, d'autoroutes vaguement progressistes. Dans son dernier ouvrage Milan Kundera compare Histoire de l'Art et Histoire des Peuples. Il met en évidence la principale différence de ces histoires parallèles qui tient au déroulement de chacune c'est à dire qu'il constate un enchaînement linéaire, en ligne, à tendance répétitive pour la Grande Histoire alors que l'histoire de l'Art lui semble être une exploration spatiale de l'inconnu et de la vérité ; une exploration tenant compte des propositions nouvelles comme étapes et territoires à dépasser. La volonté de vivre autrement tient peut-être à cette différence d'horizons. Explorer-créer-se projeter en opposition à stagner-suivre-se retourner. Peut-on s'épanouir dans le terreau puant des illusions sociales telles que le travail comme obligation pour l'accès à la dignité, la propriété comme outil de domination, le progrès comme pseudo incarnation du modernisme, la mode comme participation à une élite savante du bon goût et de la vérité unique, la sexualité hypercodée et régulée comme canal normatif des pulsions, ... ?

Le refus est la base de mes motivations pour construire quelque chose d'unique et d'intense. A l'adolescence, ce refus a pris la forme basique et mal contrôlée de la défonce ; un refus quotidien qui, s'il permet momentanément d'entrapercevoir de nouvelles couleurs vitales, détruit à grande vitesse. Et ne devient pas autre chose qu'un de ces couloirs lugubres que je cherchais tant à éviter. La défonce et le rock. J'ai aujourd'hui 26 ans et il me semble qu'il m'a fallu tout ce temps pour me constituer puis tenter d'échapper à la plupart des aspects de ma vie qu'on m'a enseigné comme étant indispensables. J'ai la sensation de renaître après une longue période de doutes, de désespoir épais, de choix autodestructeurs. Mille envies nouvelles brûlent en moi avec la lucidité et la force de ceux qui ont compris leurs erreurs. Le rock est toujours là bien sûr, mais alors qu'il était juste un prétexte pour justifier la fuite, il est désormais un océan dans lequel je puise émotions, énergie, idéal, révolte, sincérité. J'ai décidé de vivre à travers lui et pour lui. Le rock sauve des vies. Pour sauver la mienne, il a fallu que je décide de vivre autrement, mais sans lui je n'y serais pas arriver. Keep the faith. Yo.

/Dead Batman/

 

 

suite des témoignages