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BREEZY
TEMPLE "cattleya songs"
(partycul system - 17 titres)
Loin du bruit assourdissant des villes excitées, ce premier album
de Breezy Temple est d'une telle beauté qu'il m'est difficile de
l'écouter sans m'y consacrer entièrement. Rares sont les
albums si simples et pourtant si chargé. Ce "cattleya songs",
derrière ces aspects minimalistes, est magnifique. Projet annexe
de Sharl -Hot Ganache (Rroselicoeur) et de la nouvelle venue Miss Moon,
Breezy Temple raconte des histoires simples et touchantes sur fond de
guitare acoustique… Si ce genre de formations atteint rarement des
sommets, cet album dépasse de loin les scènes ultra-spécialisées
de la folk ("anti-folk" si vous habitez Paris ou New-York !!!).
Ici on se rapproche du meilleur de Nico (surtout) et du Velvet Underground
(un peu)… La voix de Miss Moon, d'une douceur incroyable, rend d'autant
plus émouvante les mélodies déjà merveilleusement
choisies… Elle tire même avantage de sa timidité qui
rend l'ensemble plus fragile et plus séduisant. Un univers de coton
qui n'est qu'accentué par la guitare, discrète, délicate
et tout aussi touchante. L'exercice prend des allures de dialogue à
deux d'une incroyable émotion sur le début de "A kingdom
by the sea", tandis qu'un titre comme "By my side" tend
vers le tube pop-folk ultime. Certes, comme souvent, l'album passe par
des moments moins palpitants, mais en général, nous sommes
bien loin du romantico-mal-dans-sa-peau chanté faux dans la cuisine…
Ici, c'est dans la haute-couture que le duo travaille. Bref, un album
à écouter mais à écouter seul
!
[mg]
>> Voir
aussi : Nico, Velvet Underground
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AMANDA
WOODWARD "La decadence de la decadence"
(8 titres - EarthWaterSky Connection)
Vous pensez bien que ce premier album était très attendu…
donnant enfin une suite logique à des productions jugées
excellentes mais bien trop courtes pour un fan comme moi. C'est toujours
aussi un vrai challenge pour un groupe. Pour le relever, les normands
ont décidé de retourner au studio BMT à Paris pour
y enregistrer (le travail de Didier Tillit et la qualité de son
qu'il offre ne sont plus à prouver). Ils ont aussi choisi de sortir
cet album sur le label de leur ami Oliver Krebs, le chanteur de Yage.
Avec le talent d'Amanda, tous ces éléments réunis
ne pouvaient pas accoucher de quelque chose de mauvais. PLAY> L'ouverture
explosive est d'autant plus impressionnante que l'intensité qu'elle
degage ne connaitra aucune faiblesse jusqu'à la derniere plage.
Comme dirait l'autre ça chie dans le ventilo et j'aime mieux vous
dire que ça joue. En tête du peloton d'exécution,
un Gérome encore plus vénère que jamais. Sa verve
orale et verbale gicle à chaque coin de riffs. Les textes à
dimension socio-politique enfoncent des portes plutôt qu'ils ne
règlent de compte. Derrière : l'artillerie avec sa puissance
de frappe électrique et ses connaissances stratégiques pour
être autant subtile que mélodique. Les guitares se font toujours
complices et se complémentent idéalement scellant ainsi
une vraie et belle marque de fabrication. Pas en reste, le batteur et
le bassiste supportent brillamment une machine qui ne s'emballe jamais
inutilement. La colère dans le contrôle pour cet emo qui
marche définitivement au rock'n roll terroriste. On pouvait peut-être
espérer plus d'espaces pour respirer ou plus de variété
dans leur jeu, mais Amanda ne lache rien et s'écoute dans l'urgence
du moment. C'est aussi bien comme ça.
[chRisA] (merci a Christophe)
>>
Voir aussi : Yage
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HELIOGABALE
"Diving Rooms"
(autoproduction - 9 titres)
La carte de la séduction ayant été abattue avec leur
précédent album, le magnifique "Mobil Home", le
quatuor parisien peut aujourd'hui revenir à ses premiers amours
: la noise rêche et grinçante. Cette musique stridente et
étrange, froide et dérangeante, cette musique qu'on ne pouvait
dissocier d'Heliogabale. Alors quel plaisir d'entendre le groupe revenir
à ce son distordu, cette guitare ahurissante et géniallissime,
ces rythmiques cassées et ces ambiances angoissantes. Finit l'accalmie
de la femme enceinte qui ornait la pochette de "Mobil Home",
les parisiens reviennent avec la rage et la complexité des débuts
; pourtant le groupe n'a jamais sorti un si bon album. Jamais leur noise
n'aura tant rappeler leur frères d'armes américain, d'Oxbow
à Jesus Lizard, même si Heliogabale préfère
troquer l'influence rock sauvage pour une approche plus froide et plus
urbaine. N'est-ce pas la marque de fabrique du groupe ? Et c'est malheureusement
le dernier reproche que nous pouvons leur faire : toujours trop froid,
et trop complexe… Pourtant "Diving Rooms" se veut moins
inaccessible que ces prédécesseurs, le groupe innove et
laisse exploser sa rage. On peut même entendre quelques chœurs
masculins qui apparaissent idéalement aux côtés du
chant de Sasha. Et le son de ce disque montre que le groupe n'a jamais
été aussi bien servi que par lui-même, car "Diving
Rooms" sonne merveilleusement, sans la moindre aide de Steve Albini
! Et cette musique ! Point fort de l'album, la guitare joue avec vos nerfs
autant qu'avec vos émotions, comme les plus grands… Electrique
et sublime ! Je ne reviendrai pas sur l'utilisation du français
sur deux titres, car la voix est si en retrait et si distordu sur ces
titres que cela ne gêne en rien le plaisir que me procure un morceau
comme "les Chiens". Alors je sais que certains auront du mal
avec la noirceur et la complexité de ce groupe, ou avec la froideur
du chant de Sasha, sans doute trop présent à mon goût,
mais je peux vous promettre que derrière des aspects difficile
d'accès, jamais la musique d'un groupe français n'aura tant
approcher celle d'un Jesus Lizard ! Malheureusement, le mode d'emploi
n'est pas fourni !
[mg]
>> Voir aussi
: Jesus Lizard, PJ Harvey (époque "Dry"), Uzeda, Lydia
Lunch
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BLONDE
REDHEAD "misery is a butterfly"
(11 titres - 4AD)
J'ai beau me dire que plus ça va moins j'aime Blonde Redhead et
me voilà encore accro à ces onze nouvelles chansons. Les
contradictions ne s'expliquent pas toujours, mais elles sont très
intéressantes à analyser n'est-ce pas? Blonde Redhead n'est
plus un groupe de rock ou d'arty post-punk. Les guitares presque au placard,
le trio a délibérément décidé de faire
place aux claviers, aux cordes et aux machines pour nous livrer des ballades
douces-amères dont il a le secret. Enveloppé dans une ambiance
cinématique qui sent l'art des seventies, cet album fait à
la fois preuve de personnalité, de grâce et de perspective.
Mélancoliques et touchantes, les voix celestes de Kazu Makino et
d'Amedeo Pace planent au-dessus d'une electro-pop aux accents baroques.
Très bizarre. Les mélodies se font légères
mais elles imprègnent chaque titre d'un pouvoir charmeur incontestable
et inoubliable. Cette beauté intime fait glisser l'auditeur dans
un royaume surréaliste troublant. Le subtil travail sur les guitares,
le jeu atypique et tout en sensibilite de Simone Pace ainsi que l'excellente
mise en forme sonore de leur ami et fidèle producteur Guy Piccioto
viennent couronner une réussite mutante qui aura sans doute du
mal à convaincre les fans de longue date et à séduire
les nouveaux. En tout cas Blonde Redhead affirme à nouveau sa volonté
de rester artistiquement créatif mais on peut vraiment se demander
ce que le groupe va nous pondre la prochaine fois.
[chRisA]
>>
Voir aussi : Serge Gainsbourg, Jane Birkin
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Fireside
"Get Shot"
(10 titres - V2)
Cela faisait quelques années que je n'avais pas suivi ce quatuor
scandinave, depuis "Uomini d'Onore" en fait, album qui leur
avait d'ailleurs ouvert les portes de quelques labels américains.
"Get Shot" me fait penser au "The Shape Of Punk To Come"
de Refused, non pas dans le genre abordé mais plutôt dans
l'esprit. Cet album respire en effet le désir de s'affranchir des
modes, des influences, la liberté de composer des morceaux en phase
avec ce qu'ils sont maintenant. Exit donc le post-hardcore des débuts.
Fireside a désormais décidé de mettre en exergue
l'écriture des morceaux, les arrangements plutôt que les
guitares… Et ça marche excellement bien. Cet indie-rock est
inspiré de bout en bout : des énergiques et touchants "All
You Had" et "The Betrayer", au calme et sensible "I'm
Coming Home" en passant par le tube en puissance "Throw It Away",
on ne peut que s'incliner devant l'intelligence et la sincérité
de cet album aux accents parfois fugaziens (écoutez "All Criminals
Are Us"). C'est clairement l'album que j'écoute le plus en
ce moment.
>> Voir
aussi : Fugazi
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PELICAN
"Australasia"
(6 titres - Hydra Head)
Pour être honnête avec vous, il m'a été très
difficile de bien rentrer dans cet album. A chaque nouvelle tentative,
mes oreilles (pourtant habituées) souffraient d'une indigestion
passées les vingt minutes. Pas évident en effet de proposer
50 minutes d'une musique heavy exclusivement instrumentale… d'autant
plus lorsque les morceaux dépassent parfois les dix minutes. Mais
il faut reconnaitre que le quatuor americain s'en tire vraiment bien.
A la fois sombres et mélancoliquement colorées, atmosphériques
et lourdes, panoramiques et claustrophobes, les compositions ont une trame
solide et évolutive intéressante qui ferait penser à
un Mogwai avec trente kilos de plus, riffs riches en calories obligent.
Les points forts de Pelican résident tout d'abord dans les nuances
et l'élasticité dont les morceaux font preuve. L'émotion
dans la progression. D'autre part, Trevor de Brauw et Laurent Lebec, les
deux guitaristes, apportent un soin tout particulier à la texture
sonore de chaque passage. Ce qui les rapproche en cela du travail formidable
d'un groupe comme Isis. On sent une vraie réflexion dans les mouvements
qu'ils soient puissants ou mélodiques. La viabilite de leur projet
vient aussi de l'utilisation de l'acoustique. Bref ce groupe de Chicago
gagne vraiment à être connu et pour ce premier album il s'est
déjà mis les critiques dans la poche. A vous de juger si
c'est un gage de qualité.
[chRisA]
>>
Voir aussi : Neurosis, Isis
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EXPERIENCE"Hémisphère
gauche"
(10 titres-labels)
Ayant partagé l'aventure Diabologum, on pouvait penser que Michel
Cloup n'était pas homme à se contenter de la facilité,
ce que promettait également le nom du groupe. Et, de fait, cet
album part sur les chapeaux de roue, avec deux excellents morceaux. La
musique lorgne du côté du rock américain lignée
Shellac ou même Sonic Youth : la rythmique est carrée et
imposante, les guitares dissonantes sans oublier d'être inventives.
Mais c'est surtout au niveau du chant que l'on sent que le groupe a porté
toute son attention : le français y est tour à tour hurlé,
chuchoté, déclamé et même scandé façon
hip hop. Son utilisation rappelle d'ailleurs parfois le travail d'Ulan
Bator, notamment sur l'album "Ego. Echo". A la différence
qu'Amaury Cambuzat (chanteur de ce groupe) laissait davantage respirer
les morceaux. Car, et c'est le reproche que l'on peut adresser à
Experience, la voix de Michel Cloup remplit tout l'espace et oublie, à
mon avis, de laisser vivre les compos. Cela donne, au bout de quelques
temps une impression de trop grande homogénéité,
voire de monotonie (surtout quand la musique est moins inspirée)
malgré quelques très bons passages. Vraiment dommage.
[sullivan]
>>
Voir aussi : Shellac, Sonic Youth
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Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions
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>> Mathieu
Gélézeau & Natasha Herzock
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