RACHEL'S "systems/layers"
(19 titres - Quarterstick Records)

Il aura fallu faire preuve de grande patience pour écouter ce nouveau chapitre musical. Car, depuis 'Selenography' sorti il y a plus de quatre ans et un album avec Matmos, Christian Frederickson, Rachel Grimes, Jason Noble et leur collectif s'étaient faits plutôt discrets. Mais on sait que l'exigence et l'excellence ont un prix. Comme un nouveau challenge, Systems/Layers est le fruit d'une collaboration avec le SITI (Saratoga International Theater Institute) pour une pièce portant le même nom. Cet album représente le travail de deux années de discussions et d'improvisations… et on peut dire qu'ils n'ont pas chômé tellement cette production respire la perfection. D'une grande inventivité et homogénéité lyriques, chaque morceau livre son lot de magie et d'émotions. Entre grâce acoustique et mélodies urbaines, Rachel's nous donne parfois à penser aux travaux de compositeurs tels qu'Aaron Copland et Erik Satie mais des morceaux comme 'water from the same source ' ou 'esperanza' reaffirment l'identité d'une formation qui cherche constamment à moderniser sa musique classique. L'œuvre de Rachel's se parcourt comme une visite dans une galerie d'art… nous menant la ou les mots création, imagination et interprétation prennent tout leur sens. Elle étonne, elle interroge, elle résonne et elle émeut car de toutes ses cordes, elle vibre aux sons de la vie. Encore une fois, dans un esprit de grande communion, le groupe a invité beaucoup de gens talentueux. Il a aussi truffé cet album d'enregistrements urbains du monde entier et de paroles énigmatiques ; ce qui apporte une grande ouverture et une grande richesse a ces 19 titres. Si la pièce de théâtre est de la teneur de cet album...
[chRisA]

>> À notez la participation toujours aussi remarquable de Shannon Wright au chant sur quelques morceaux ! [mg]

 

site : www.denalimusic.com

DENALI "The Instinct"
(9 titres-jade tree)
La grosse claque de ces derniers mois ! Il faut dire que j'ai été pris par surprise tant je ne m'attendais pas à ça. Car je voyais Denali comme un groupe poppy et en fait si la base de leur musique est effectivement pop, on parle ici d'une pop ouverte d'esprit, originale et effrontée qui laisse d'ailleurs penser que Blonde Redhead a récemment marqué notre quatuor américain. On le sent dans ces arpèges délicats, cette jolie basse solide et déterminée ou les montées en tension (écoutez "Surface") qui viennent parfois secouer les morceaux. Mais Denali, c'est aussi, ici et là, des rythmiques électros toujours de bon goût qui rappellent parfois The Notwist. Et surtout la voix de Maura Davis (la sœur de Keeley Davis de Engine Down, qui lui prêted'ailleurs main forte sur cet album, ndlr]. Et quelle voix ! C'est réellement l'identité de Denali. Car Maura a un timbre vraiment particulier, une voix aigüe, véritable reflet de son âme, qui fait passer énormément d'émotions. Et n'est-ce pas finalement ce que l'on demande à de la musique ? Je le répète : une belle découverte !
[sullivan]

>> Voir aussi : The Notwist, Blonde Redhead

 

site : www.monument-masses.com

FROM MONUMENT TO MASSES "The impossible leap in one hundred simple steps"
(Dim Mak – 7 titres)
Certes, cet album débute sur les chapeaux de roue avec deux morceaux de près de 9 minutes s'inscrivant dans une logique math-rock tout ce qu'il y a de plus efficace. Les plans s'enchaînent sans pour autant tomber dans la construction mentale ennuyeuse, touchant aussi bien l'amateur de post-rock que d'indie-rock ou de noise. Certes, le premier morceau est bien plaisant, mais c'est en entrant plus à fond dans cet album qu'on comprend que From Monument to Masses n'est pas seulement un bon groupe math-rock. Petit à petit, les morceaux deviennent de plus en plus incroyables ; plus on avance dans ce disque et plus les morceaux développent ce petit truc magique que chaque groupe rêve d'avoir, ce "je ne sais quoi" indescriptible qui différencie les excellentes compositions d'un énième bon titre. Et ce trio, derrière une apparente bonne tenue en bouche, arrive à insuffler à sa musique le petit plus qui la rend poétique et merveilleuse. Construit autour d'une guitare baladeuse, que ne renieraient pas les enfants de Don Caballero, d'une base basse-batterie solide, et de quelques voix enregistrées, les 7 titres de cet album travaillent aussi bien la mélodie que la recherche rythmique, la sensibilité que l'intellect, la force que la douceur, la beauté que la politique, le groove que la finesse. Les oreilles averties retrouveront autant du Don Caballero mélodique, que du Fugazi époque actuelle ("The Spice must Flow"), et parfois même du Tortoise d'autrefois. Même quand le groupe s'offre le luxe d'une rythmique electro-pop sur "Comrades & Friend", on ne peut que succomber. Bref, cet album, "inspiré par le mouvement international pour une justice globale et une paix durable", dixit le groupe, s'impose, avec ces compositions envoûtantes, ce son chaud et ces montées délicates, comme une des belles révélations de cette fin d'année.
[mg]

>> Voir aussi : Don Caballero, Tortoise, Fugazi, Faraquet, Billy Mahonie

 

DO MAKE SAY THINK "Winter Hymn Country…"
(9 titres – Constellation)
Qu'on se le dise, le quatrième album de Do Make Say Think est beau. Le mélange des genres n'a jamais été aussi bien ficelé. Petits cousins des dorénavant célèbres Godspeed You Black Emperor, DMST touche avec autant de grâce aux ambiances planantes et tripantes, mais le groupe s'échappe rapidement de cette formule qui commençait à ennuyer pour livrer des titres plus charismatiques, et parfois presque dansant. Le titre "Auberge Le Mouton Noir" devient ainsi un moment fort du disque, mélancolique et presque rock, avec cette guitare troublante qui véhicule tant d'émotion. Et si les Canadiens continuent de créer des ambiances abstraites, propre au label Constellation, c'est bien ce léger tournant plus rock, très présent lors de leur concert, qui démarque définitivement ce disque. Comment résister aux lignes presque noisy pop de "Horns of a rabbit", et au sublime "Hooray! Hooray! Hooray!" qui confirme que le groupe sait aussi composer des perles pop dansantes aux éclaircies dévastatrices ! Sans aucun doute le deuxième moment irrésistible de cet album. Et même si les 52 minutes de ce disque ne sont pas toujours à la hauteur de ces quelques tubes, "Winter Hymn Country Hymn Secret Hymn" reste un album définitivement beau…
[mg]

>> Voir aussi : GSYBE, A Silver Mt Zion

 

Yann Tiersen "Good Bye Lenin"
(23 titres - Labels)
Yann Tiersen n'aura finalement mis que deux ans pour digérer le formidable succés d'Amélie Poulain. Ca aurait pu clairement tarir la source de son inspiration! Mais cette nouvelle bande originale vient à point nommé pour prouver qu'il n'en est rien. Même si Yann Tiersen veut que l'on considère ses créations pour le très bon film de Wolfgang Becker comme son nouvel album, force est de constater que son travail est plus proche de celui pour Amèlie Poulain que de "L'absente" et ses arrangements pops. On retrouve en effet ces magnifiques mélodies au piano que vient réhausser un impecable ensemble d'instruments à cordes. Et comme souvent avec Tiersen, c'est la tristesse, la mélancolie qui dominent : même si le film exigeait que la musique exprime ces sentiments, on imagine que son auteur n'a pas eu à beaucoup forcer sa nature ! Un très bel album malheureusement gâché par ce fichu logiciel 'copy controlled' d'antipiratage (tous les morceaux sautent à la 9ème seconde). C'est sûr que si les cds ne fonctionnent pas bien, on n'est pas prêts de les copier… ni de les acheter d'ailleurs !
[sullivan]

 

site : loisirsmyralee.free.fr

• disque disponible sur notre mailorder

LOISIRS "Glamoroso"
(Dora Dorovitch – 11 titres)
Et bien, nous voici en face d'un album qui, après avoir été attendu par le petit microcosme noise-hardcore, a pour le moins convaincu la quasi-totalité des fanzines, des radios associatives, et même quelques magazines institutionnels jusqu'à Rock & Folk ! Leurs outils ? Un hardcore émotionnel aiguisé, un clavier eighties discret, un minimum de rock'n'roll dansant en vigueur, un peu d'humour et d'autodérision, des ex vous savez quoi (sinon cherchez !), et un savoir-faire indéniable. Du coup, c'est vrai que cet album vous prend à la gorge aux premières secondes pour ne vous lâcher que 36 minutes et onze titres plus tard. Et si Loisirs ne vient pas bouleverser une scène internationale dans laquelle ils s'inscrivent assez logiquement, on ne peut nier que le niveau dépasse de loin beaucoup de productions françaises. On aurait plutôt vu ces gars de Poitiers répéter dans une cave allemande aux côtés des groupes du label Swing Deluxe (Robocop Kraus, Maggat, Soave…) ou participer aux mêmes soirées alcoolisées que les membres de Milemarker ou de Shotmaker (sans aucun doute les deux groupes de qui ils se rapprocheraient le plus). Mais non, ces gars-là sont de Poitiers et montrent qu'ils sont capables de pondre un album hardcore énergique et sans retenue, tendu et hargneux, émotionnel et sans fausse pudeur. Un bon cru, brut et nerveux, peut-être un peu trop sur la corde raide du début à la fin, et sans doute un peu répétitif sur la longueur, mais pour une fois, réellement à la hauteur de ses influences. Ne boudons pas l'événement !
[mg]

>> Voir aussi : Milemarker, Shotmaker

site : http://www.generation.net/~jminiere

HERRI KOPTER "Jérôme Minière présente"
(La tribu – 16 titres)

J'aime bien le concept du disque : le coup du personnage énigmatique, de la communauté non répertoriée, du pays inconnu (Le Laanka), de la langue… Côté musique, ce disque montre une grande aisance avec les sonorités et les ambiances. Musicalement, on baigne dans un electronica proche des univers post-rock et ambient ; le résultat est très apaisant et poétique. C'est l'autre visage de Jérome Minière. L'approche reste assez proche de ces travaux pop mais ce sont cette fois les machines (ce fameux "Herri Kopter") qui s'exprime. Au final, nous nous trouvons devant une belle présentation du Laanka, qui nous donne envie de nous y rendre, même si certains risquent de facilement s'y ennuyer !
[mg]

 

EXPLOSION IN THE SKY "the earth is not a cold dead place"
(Bella Union – 5 titres)
Remarqué à l'époque avec un premier album particulièrement convaincant, le quatuor US était attendu au tournant par beaucoup d'amateurs de rock instrumental qui désiraient voir en lui le nouveau prophète post-rock. Et si ce nouvel album, qui paraît sur Bella Union, le label créé par Cocteau Twins, remplit parfaitement son rôle de maître en la matière, il peut aussi décevoir. Les titres sont tous plus sublimes les uns que les autres, là n'est pas le problème. Chaque idée est parfaitement exploitée, chaque son subtilement envoûtant, je n'ai rien à redire à ce niveau-là, et je serais même le premier séduit. Le seul défaut de cet album est d'être resté dans les sentiers battus… Le groupe s'est installé dans un fauteuil confortable, auparavant conçu pour les écossais de Mogwaï, et semble s'y plaire. Alors c'est vrai que je n'aimerais pas choisir entre les deux groupes tant ce "This Earth is not a Cold Dead Place" est tout aussi sublime que les travaux récents de Mogwaï (plus diront certains), qu'il atteint les mêmes niveaux de beauté, qu'il provoque autant de frissons, et que cela n'est pas si fréquent. C'est vrai, je suis complètement sous le charme de ce disque, mais j'en demande plus. Au final, ces cinq titres instrumentaux (45 minutes à eux cinq) sont véritablement excellents, mais nous sommes en droit d'attendre plus d'originalité d'un groupe aussi talentueux. Les dés sont lancés, résultat au futur troisième album de ce groupe amateur de feux d'artifice.
[mg]

>> Voir aussi : Mogwaï

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mathieu Gélézeau & Natasha Herzock
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