|
|
EUELL
"toddi"
(autoproduction 10 titres)
Originaire de Tours, Euell est un groupe que nous suivons depuis maintenant
quelque temps, et force est de constater qu'avec cette troisième
démo, le groupe semble avoir franchi un nouveau pallier. Si le
groupe proposait autrefois une musique lente et répétitive
très bien influencée, on lui reprochait un petit manque
de force et de moyens mis en uvre pour arriver à un résultat
vraiment convaincant. Avec "Toddi", Euell affirme enfin tout
son talent. Nous n'en sommes toujours pas à l'album, mais cette
démo est d'une qualité rare. Toujours aussi instrumentale,
la musique d'Euell continue de prendre son temps, préférant
installer des ambiances embrumées qu'entraîner l'auditeur
à la danse. Mais dorénavant, peut-être aidées
d'un son plus travaillé, les compositions ne tombent dans plus
dans les pièges du style. Si le rythme ne s'emballe pas, l'auditeur
n'est pourtant jamais laissé à l'abandon. Le groupe arrive
enfin à nous tenir en haleine du début à la fin,
n'hésitant à rendre son post-rock moins nonchalant. La batterie
devient plus pointue, le brouillard moins épais et les mélodies
prennent toute leur ampleur. On tombe même au gré des morceaux
sur quelques véritables perles (citons par exemple l'univers magnifiquement
étrange du titre "le rêve triste du chien daltonien").
En plus, le groupe n'hésite pas à finir avec un vrai lâché
punk-rock que nous aurions bien vu sur un album garage de Shellac ! Du
coup, ces 10 titres passent dans mon lecteur cd avec grand plaisir. Euell
a enfin réussi à sortir un cd digne de ses capacités,
espérons que cela leur permette de passer à l'étape
supérieure
Bravo !
[mg]
>>
Voir aussi : Tortoise, Slint
|
|
|
SWANS
"Feel Good Now - Documenting The 1987 European Tour"
(Atavistic - 17 titres)
Son médiocre, titres sans surprise, public inexistant : l'album
live ne sert bien souvent qu'à vider les portefeuilles, gonfler
les étagères et ramasser la poussière. Il existe
pourtant quelques rares exceptions qui confirment la triste règle
: le "Live 1981-82" de Birthday Party, le "Hoarse"
de Sixteen Horsepower ou encore le magistral "Live Seeds" de
Nick Cave, pour n'en citer que quelques-uns. Auxquels on se dépêchera
de rajouter ce "Feel Good Now" dont l'intérêt pourrait
néanmoins s'avérer des plus discutables. Enregistré
de façon on ne peut plus douteuse (directement au dictaphone) et
composé exclusivement des titres de l'album "Children Of God"
(un des tous meilleurs, certes), ce live des Swans est pourtant un des
disques les plus impressionnants que vous pourrez écouter cette
année. Sorti à l'origine en 1988 de façon semi-officielle
sur le label Product Inc, il est aujourd'hui ré-édité
chez Atavistic, et si le son est effectivement crado à souhait,
la puissance malsaine qui se dégage des morceaux s'avère
tout simplement ahurissante. Les terrifiants "Blind Love" et
"Beautiful Child" suffiront à renvoyer tous les Neurosis
de la terre chez leur barbier et la seule version du terrassant "Sex
God Sex" mettra à genoux les fans confirmés comme les
néophytes (qui auraient enfin décidé de brûler
leurs disques de Godspeed You Black Emperor). D'autant plus que vu la
jungle qu'est devenue la discographie des Swans (entre albums épuisés
en attente de réédition et lives approximatifs), "Feel
Good Now" s'impose désormais comme une véritable référence
pour ce groupe sans qui Godflesh, Eyehategod, Helmet ou Godspeed You Black
Emperor (eh oui, même eux) n'auraient sans doute jamais vu le jour.
[Jimmy]
>>
Voir aussi : Godflesh, Joy Division, The Birthday Party, la fin du monde
|
|
|
DOUBLE
NELSON "The so sorry spaceman
"
(21 titres - labeland music)
J'ai toujours pensé que l'expérimentation était avant
tout ludique et Double Nelson nous le prouve une fois de plus avec leur
nouvel album. Ils nous offre une musique martienne et originale, complètement
barrée, sans complexes. Une musique répétitive "suicidesque"
agrémentée de petits sons étranges qui pourraient
nous rappeler les Residents voire Chrome par moments. Elle nous triture,
nous amuse, et dans l'ensemble, les morceaux nous renvoient à une
sorte de progression à pied sur une planète inconnue. Une
petite voix féminine apparaît de temps à autre, faussement
rassurante mais jolie aussi, elle me rappelle parfois Mona Soyok (Kas
Product). Nous retrouvons des voix masculines, ombres bruyantes proches
du Cabaret Voltaire du début.
Vous l'aurez compris, j'ai aimé la démarche de ce disque,
j'ai retrouvé ce que j'aime tant dans la musique dite expérimentale
qui n'en reste pas moins très aboutie tant au niveau des atmosphères
qu'au niveau des agencements sonores. Très ludique !
[Sha]
>>
Voir aussi : Cabaret Voltaire, Suicide, Residents, Chrome, Kas Product
|
|
|
ESG
"Step Off"
(Soul Jazz - 7 titres)
Groupe mythique originaire du Bronx, ESG, mené par les surs
Scroggins, a sorti durant les années 80 une paire de disques incontournables
parmi lesquels un premier EP en 81, enregistré par Martin Hannett
(le producteur de Joy Division, faut-il le préciser ?) qui imposa
le groupe comme un des piliers de la seconde vague post-punk aux côtés
de Liquid Liquid, 23 Skidoo ou encore A Certain Ratio. N'utilisant que
chant, guitare, basse, batterie et quelques percussions, Renée,
Marie et Valerie Scroggins créent une musique à la fois
terriblement dansante et incroyablement dure et minimaliste. Elle ne se
révèlera auprès du grand public que des années
plus tard, à travers les échantillons de leurs morceaux
samplés sur les disques de Public Enemy, Beastie Boys, Wu-Tang
Clan, Unrest ou, plus récemment, Liars. Jusqu'à l'an dernier,
où Soul Jazz sort une compilation regroupant l'essentiel des morceaux
du groupe ("ESG- A South Bronx Story") en prélude à
ce "Step Off", album d'une reformation inespérée.
Section rythmique aussi rêche qu'envoûtante ("Talk It"),
guitares fantomatiques, voix distante et sensuelle à la fois ("Be
Good"), ESG c'est la beauté dramatique de Nina Simone qui
rencontre la rigueur mécanique de Suicide, c'est la menace sourde
des premiers Public Image dans un fourreau de soie, de la soul jouée
avec une technique punk, une dance music abrasive sans la moindre trace
d'électronique. Et en pleine hype new-rock où l'on porte
aux nues le moindre groupe recrachant son Mötley Crüe illustré,
ce n'est pas juste salutaire, c'est tout simplement vital.
[Jimmy]
>>
Voir aussi : Public Image Ltd, Liquid Liquid, Gang Of Four, 23 Skidoo
|
|
|
CALL
ME LORETTA "tarnished angels"
(sonicangels ep 2 titres)
Derrière une esthétique bien représentative(des dessins
bruts en noir et blanc qui les identifient depuis le début), Call
me Loretta passe donc à la production vinylique. Pour cela le groupe
a choisi deux aspects différents de sa personnalité. Une
face présente ce que nous connaissions déjà du groupe,
une noisy pop mélancolique prenant ses sources dans les années
80 , tandis que l'autre face propose une ballade guitare-voix touchante.
Le groupe possède vraiment un petit quelque chose qui les fait
sortir du lot, malheureusement, je reste toujours un peu sur ma faim après
l'écoute de leurs chansons. Le timbre de voix de Stéphanie
fonctionne bien, son style parfois à la limite du faux peut repousser,
mais c'est aussi un atout au niveau émotionnel. Les guitares tiennent
bien la barre. L'esprit Sonic Youth n'est pas pour me déplaire
non plus
Non, je crois que c'est cette apathie presque new-wave
(no-wave ?) qui m'empêche d'adhérer complètement.
Si le noir et blanc du crayon à papier gras fonctionne à
merveille pour leur graphisme, je serais curieux de voir ce que donnerais
leur musique avec une pointe de couleur et d'éclaircissement. On
aimerait tellement que la fille du dos de la pochette ouvre un peu les
yeux et n'est plus besoin de se blottir contre cet homme protecteur pour
se sentir en sécurité ! Un peu d'audace ! En attendant,
ce 45t possède, malgré mon ingratitude, suffisamment d'atouts
pour me faire patienter dans de biens agréables conditions jusqu'à
l'album prévu bientôt.
[mg]
>>
Voir aussi : Sonic Youth, Blonde Redhead (pour la ballade)
|
|
|
MARIA
BLONDE / BUMBLEBEES "encuentro"
(Lucane / Melmack rds ep 2 titres)
On commence à entendre souvent parler de Maria Blonde en ce moment.
Il est vrai que le groupe enchaîne les productions depuis quelque
temps. Dernière en date, ce petit vinyle qu'il partage avec Bumblebbees.
À force, on croyait connaître le groupe de Bordeaux, adepte
de noise calme, d'emo et de pop, et pourtant, le trio nous surprend avec
ce nouveau titre : Cela commence bien avec cette voix filtrée,
cette touche presque Fugazi-esque
C'est ce qu'on surveillait chez
Maria Blonde. Mais quelle surprise quand arrive cette seconde voix ! C'est
la touche pop asexuée et ambiguë d'un Placebo qui a dû
influencer ? Très franchement, c'est étrange, d'autant plus
que cette seconde voix prend une part importante du morceau. Si vous vous
y faites, vous retrouverez cette noise assez fine, ce mélange de
guitares claires et saturées, ces explosions typiquement "émo",
ces montées planantes, et tout ce que le groupe travaillait depuis
ces débuts. La touche est sûrement plus pop ici, mais ce
n'est pas dérangeant. En plus le son est bon, et certains arrangements
méritent d'être retenu comme cette drôle de guitare
flamenco à la fin ! Côté Bumblebbes, la noise alterne
aussi entre arpèges claires et déferlantes saturées,
mais d'une façon plus rude. L'aspect quasi-mathrock des passages
calmes est plaisant. Même les parties plus noise et plus lourdes
de la fin fonctionnent. C'est peut-être juste un peu trop compact
à mon goût. J'aurais préféré un peu
plus d'espace et de respiration, mais en général, la musique
de Bumblebbees n'a plus grand-chose à apprendre. Ça fonctionne
vraiment. En fait, il ne manque qu'un chant digne de ce nom et peut-être
une goutte de sensibilité en plus pour être vraiment convaincant
à mes oreilles. Notons tout de même pour finir, un effort
au niveau du graphisme.
[mg]
|
|
|
LOISIRS
/ MYRA LEE "s/t"
(theatre/TDTB ep 4 titres)
Sorti il y a quelques mois, mais perdu parmi les autres nouveautés
(désolé), ce petit split vinyle a de quoi rendre heureux
une bonne partie de nos lecteurs. En effet, à travers ces deux
groupes, quasi inconnus à l'époque de cette réalisation,
nous découvrons le renouveau de la scène rock de Poitiers
! Souvenez-vous, à une certaine époque, les Seven Hate,
Cut, et autres Epileptic tenaient une bonne place dans les fanzines
Aujourd'hui, il se pourrait que ce soit Loisirs et Myra Lee qui reprennent
le chemin des interviews. Notamment Loisirs, qui n'en est d'ailleurs pas
à son coup d'essai puisque le groupe est composé d'anciennes
stars (?!) de Poitiers. Les deux titres présentés ici, s'ils
restent dans un style très classique, assurent leur lot de mélodies
et d'émotion, tout en gardant un sens de l'humour agréable.
Certes, le groupe ne joue pas la carte de l'originalité, mais possède
tous les atouts pour convaincre les fans des vieux Engine Down et Milemarker,
ou d'une certaine scène emo allemande. Du punk subtil tout en restant
brut, j'imagine que beaucoup de gens attendaient un tel groupe en France.
C'est en tout cas une réelle découverte, digne de ce nom,
pour nous. De l'autre côté, de "vrais" nouveaux
avec Myra Lee qui balance un hardcore tendu et émotionnel qui,
malgré quelques imperfections, s'installe tout de suite dans les
groupes à suivre ces derniers temps. Myra Lee possède un
style légèrement plus radical et moins en place que Loisirs,
avec des voix plus souvent hurlées, mais l'homogénéité
entre les deux groupes est réussie. Le groupe possède un
peu moins d'imagination dans les breaks et les structures, mais Loisirs
a l'expérience que Myra Lee cherche encore. Je ne suis pas des
plus sensibles aux voix hurlées, mais les harmonies de guitares
sont plutôt réussies. Au final, malgré un son manquant
de dynamique et de netteté, ce split dévoile deux outsiders
de la scène nationale qui méritent qu'on s'intéresse
à eux. Un disque qui fait la part belle aux guitares et à
ce que peut encore donner le punk aujourd'hui. Intéressant.
[mg]
>>
Voir aussi : Shotmaker, Milemarker, Engine Down, Kurt
|
|
|
|
|
|
>>
Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions
à :
>> If you want to be reviewed here, send your promotionnal stuff
to :
>> Mathieu
Gélézeau & Natasha Herzock
>>
51, rue Paul Vaillant Couturier - 92240 Malakoff - France
>>
positiverage@hotmail.com
|