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KITCHEN TOOL SET
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(autoproduit)

Il aura fallu 10 ans aux Kitchen Tool Set pour nous sortir enfin l'album digne de leurs prétentions, de leur persévérance et de leur passion. En voilà qui ont bien fait de ne jamais baisser les bras. Ça commence par le packaging, entièrement pensé autour du concept de la boîte de conserve, et de la nourriture de supermarché, avec son emballage, sa boite qu'on ouvre (en photo), et ses haricots (le disque). Félicitons White Cube Design pour ce qui lui revient de droit. Mais la musique n'est pas en reste. Dès le premier morceau, on sent que le groupe a franchi un cap. Ça joue, et plutôt bien, mais sans que l'application prenne le dessus. Ça tricote, un peu, mais sans jamais tomber dans la démonstration. Il y a dans cette boite de conserve de l'audace, du claquant et de l'envie. Du coup, le côté scolaire et froid d'antan laisse la place à une énergie bénéfique. Le groupe garde toujours une touche émotionnel appréciable, mais nous tient dorénavant habilement, en évitant de nous lâcher en jouant les virtuoses math-rock (à une ou deux exceptions moins convaincantes). Les rythmes cassés et les arrêts se font moins prenants. On ne s'y perd plus (malgré quelques longueurs ici ou là). L'autre qualité de ce disque est son dosage. Derrière des guitares acérées, et une influence légèrement noise, on retrouve par moment la sensibilité des groupes Dischord, ou un besoin de se faire plus tendre. Ce qui pourrait embrouiller le propos permet ici de se différencier, et de sortir neuf titres bien personnels (même si référencés). Même quand le quatuor se laisse aller à quelques moments post-rock, on ne tombe jamais dans le pathos ennuyeux. Les mélodies restent inspirées et suffisamment torturées pour toucher juste. KTS arrive à faire le lien entre le tranchant et l'émotionnel, l'énergique et le complexe, le torturé et le beau. June of 44 se tape Shellac. Même les chants, bien que rares, semblent enfin avoir trouvé leur place, ajoutant une dimension supplémentaire aux morceaux (l'excellent "the fall" qui rappelle à notre bon souvenir Guzzard). Rien à redire, si ce n'est qu'il pourrait y en avoir un peu plus (attention aux longueurs instrumentales parfois moins digestes). Les gars nous sortent là un album qui retient l'attention. Riche, intense, sensible. On sent que le quatuor à enfin digéré ses nombreuses influences, et son ouverture d'esprit se transforme enfin en qualité, ouvrant son champ d'action sans diluer ses attaques. Avec "more", KTS nous désarçonne en finesse, ce qui n'est pas le plus facile en matière de noise-rock, mais c'est sans aucun doute ce qu'on aime chez eux.
[mg]

+ voir aussi : Unwound, For Dammage, Guzzard



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