MYGÜK "s/t"
(5 titres - autoproduction)
Derrière un nom énigmatique, Mygük arrive, en 5 titres superbement interprétés, à se positionner comme l'une des meilleures choses qui soient arrivées à la pop française depuis bien longtemps. Avec son violon mis en avant, la présence d'une guitare acoustique, et même le chant du premier morceau qui joue avec l'influence d'un Radiohead français, nous pourrions facilement cataloguer Mygük dans cette nouvelle génération de groupes attirés par le succès de Noir Désir ou même de Radiohead… Quelle erreur ! Si le groupe ne doit pas être insensible à certains d'entre eux, son approche dépasse allègrement beaucoup de ses compatriotes. Souvent instrumentale, la recherche musicale de Mygük les rapproche d'un milieu plus spécialisé. Le premier morceau passé, la simplicité de leur pop mélancolique s'évapore pour donner naissance à des structures plus complexes, des envolées lyriques non retenues, des tensions à la limite du déchirement et des passages à l'ambiance quasi-mathrock. Mais là aussi, Mygük ne tombe pas dans la facilité en gardant toujours un pied dans ces mélodies sublimes qui rendent le groupe presque accessible au grand public. Un équilibre émotionnel et un savoir faire indiscutable. Il n'y a guère que le chant qui aurait tendance à orienter la balance vers son côté radiophonique, mais sa présence est si anecdotique que l'ensemble du cd reste parfaitement harmonieux entre un fond original et une forme plus douce. Le titre de clôture me renverrait même directement à mes souvenirs idylliques de Smart Went Crazy, ce groupe de Washington DC qui, lui aussi, jonglait avec les idées préconçues de la pop.
[mg]

>> Voir aussi : Smart Went Crazy, Radiohead, Deus, Tinderstick, Yann Tiersen

 

A PLACE FOR PARKS "the bright period"
(6 titres - unique rds)
À l'intérieur de la pochette au blanc mystérieux, nous pouvons lire "i don't think we would die. I still hope". À côté, quelques cadavres de mouches tapissent un mur abîmé. L'ensemble reste pourtant presque joli à regarder. L'univers de A Place For Parks, jeune groupe originaire de Montauban, y est bien représenté. Leur musique est bien vivante, mais la mélancolie d'une mort proche semble inhérente à tous leurs morceaux. Et ce n'est pas les quelques explosions soniques de "apparently empty room" qui nous feront oublier la peine qu'engendre l'écoute de leur musique. Ces 6 titres instrumentaux sont tristes, et l'apparition du piano, de la clarinette ou du violoncelle ne fait que renforcer cette sensation pesante ; mais l'émotion est si bien gérée, la beauté toujours omniprésente, que je tombe complètement sous le charme de ce premier album, malgré quelques imperfections techniques ou sonores. Au final, "the bright period" est une histoire aussi belle que triste, qui prouve au moins qu'un beau ciel gris est aussi émouvant dans le Tarn et Garonne qu'à Chicago. Personne n'a dit que c'était novateur, mais serait-ce le seul critère pour rendre un groupe intéressant ? Heureusement non.
[mg]

>> Voir aussi : David Pajo, Mogwaï, Rachel's, Vincent Gallo, Godspeed You Black Emperor, Slint, Dirty Three.

 

PEDRO THE LION "Control"
(10 titres - Jade Tree)
Savez-vous que Mickey (oui le petit ami de Daisy) pleure de temps en temps lorsqu'il broie du noir, les soirs de week-ends à Disgraceland, Paris mais ce n'est pas pour autant qu'il prend du Prozac. Alors pourquoi voulez-vous que Pedro The Lion (alias David Bazan ou c'est peut-être le contraire...) soit un vieux mormon dépressif ? Ce n'est pas parce qu'il s'interroge "am I gonna die ?" sur 'Priests and Paramedics' ou bien qu'il enveloppe ses chansons indie rock d'une voix non chalante et plutôt monocorde qu'il va s'en mettre une et vous faire chialer pendant ces 40 minutes. Certes ses chansons ne relèvent pas de l'esprit festif qui règne à Ibiza la nuit...ou le jour je ne sais plus. Pourtant il y a ici une certaine débauche...de sentiments qui devraient ravir ceux et celles qui intériorisent leurs émotions. Depuis 'Winners never Quit' (sorti en 2000), David Bazan ne se réfugie plus uniquement derrière une guitare sèche et une batterie sobre et minimaliste. Il sait aussi développer un mur de sons puissants, méticuleusement travaillés et riches. Ainsi l'apport de claviers se révèle judicieux et précieux sur les excellents 'Rapture' et 'Magazine'. Sur le titre 'Rehearsal', Pedro se paye même le luxe d'aller marcher sur les plates-bandes de Sebadoh. Entre fragilité et force, entre tranquillité et tension, cet album impose ses humeurs avec réussite et ce sans s'essoufler. Il affirme aussi tout le talent d'un homme-compositeur qui s'efforce toujours à viser la perfection dans son travail. David Bazan est un artiste touchant qui, avec pudeur et donc en toute intimité aime mettre à nu ses états d'âme et ses interrogations. Le lion a dévoré la souris... Eh oui les temps ne sont plus à la rigolade...
[chris]

>> Voir aussi : Build to Spill, Sebadoh

 

OXBOW meet WHITE TORNADO
(5 titres – Wallace rds)
Principalement connu pour ses réalisations expérimentales et ses superbes packagings, le label Italien Wallace rds est aussi, et avant tout, un grand amateur de rock deviant et de noise. Preuve en est ce split cd, sorti il y a quelques temps maintenant (quatrième réalisation du label), qui réunissait les célèbres Oxbow (2 titres) aux White Tornado. (3 titres). L'alchimie entre les deux groupes est parfaite, même si Oxbow bénéficie d'un meilleur son et d'une plus grande maturité. Les outsiders de White Tornado, que je découvre ici, officient dans une noise angulaire, dans laquelle se retrouveront beaucoup de fans du label Touch'n'Go. On retrouve cette volonté de hacher la tête de l'auditeur, de sortir des règles du rock tout en gardant l'honneur aux guitares, et de ne surtout pas s'ennuyer avec des rythmes linéaires. Le son manque un peu d'ampleur, mais c'est bien sur les pas de Jesus Lizard ou de Shellac que le groupe avance. Quant aux sombres Oxbow, les deux titres offerts au label italien, enregistrés par Jesus Christ (c'est eux qui le disent) poussent encore plus loin les limites de leur noise démembrée. "Pretty Bird" joue avec une lourdeur angoissante pour créer une ambiance des plus dérangeantes, grand point fort du groupe. Une espèce de jugement dernier opéré par un psychopathe meurtrier. Leur second titre n'est en fait qu'un amalgame sonore, mélange de larsen et d'ambiance de pièce… pas franchement excitant. Heureusement, les White Tornado viennent clôturer le cd avec un Bed Room Eyes digne des plus grands… Et la pochette est encore une fois sublime !
[mg]

>> Voir aussi : Jesus Lizard, Shellac

 

HELLSUCKERS "rock'n'roll venom"
(13 titres - Revell Yell)
Puisqu'on navigue en plein cliché (c'est un rite dans le style), allons-y franchement. À peine entré dans le garage de ce groupe de Colmar, on retrouve tous les éléments des groupes de rock'n'roll poisseux. Du dragster chromé aux posters de pin-up vulgaires, des chemises tachées d'huile de vidange aux chapeaux de cow-boys, de la Ford Transit 69 au mauvais goût notoire, tout est réuni pour faire de ce premier album une petite bombe d'énergie brute pour tous les amateurs du style. Et franchement, derrière la panoplie, leur rock'n'roll tendance heavy n'a pas à rougir devant les pères spirituels, souvent nés au pays du hamburger. Excepté les solos de guitares insupportables, le mélange entre l'énergie d'un Supersuckers, la puissance d'un AC/DC et la poisse d'un Motorhead est assez idéale. Et derrière cette fausse attitude white trash from Colmar (c'est marrant comme cela sonne mal), les Hellsuckers nous balancent un disque (sur un label japonais svp), rempli de sueur et de clichés, pour le plus grand plaisir des fanatiques. Comme quoi, on n'a pas besoin de hamburgers, le rock'n'roll marche aussi bien avec un sandwich au fromage… Tant qu'il y a de la bière !
[mg]

>> Voir aussi : Supersuckers, Nashville Pussy, New Bomb Turks, Motorhead

 

KULARA "Fragmental Remembrance, A Switch Of Resurrection, And My Hearing Vanished"
(7 titres - Molaire Industries)
Kulara est un groupe japonais et ce disque est sa première sortie européenne. Il réunit en fait les deux eps précédemment sortis au Japon. Et ce qui frappe d'entrée, c'est l'évolution du groupe entre les deux enregistrements (seulement espacés de 18 mois pourtant). Car si les bases de ces nippons restent sensiblement les mêmes : une noise originale teintée d'émo, de math-rock et de hardcore, leurs options et choix de navigation s'avèrent bien différents. En effet, si les 5 titres de "5 Pieces Songs" jouent sur l'intensité des émotions, la spontanéité d'un chant souvent hurlé et donc clairement sur un côté direct, les deux morceaux de "A Naked Landscape" ont pris le parti d'être moins frontaux, de plus prendre le temps, de plus imposer leurs ambiances avant de surprendre l'auditeur ou de le prendre à la gorge. D'où la durée des morceaux en question : 12 et 15 minutes (alors que les précédents étaient bien plus courts). Et à l'écoute des morceaux, cette évolution semble prometteuse, non pas que le précédent ep n'était pas bon, mais plutôt parce qu' en comparaison des deux autres, il ressemble à un exercice de style. La musique de Kulara y gagne en originalité, en liberté et en personnalité. De plus, les breaks y sont encore plus déroutants et le piano fait une apparition judicieuse ici ou là. On comprend pourquoi Fafa a décidé d'ouvrir le cd avec ces deux morceaux...
[sullivan]

 

 

The Notwist "Pick Up The Phone"
(City Slang-Labels 3 titres+ 1 vidéo)
Chris a déjà tout (et très bien) dit sur the Notwist dans sa chronique de "Neon Golden" mais je voulais profiter de la sortie du cd single "Pick Up The Phone" pour dire aussi tout le bien que je pense de cet album! Sincèrement, c'est l'osmose parfaite entre musique pop touchante et électro, entre mélodie et émotion, entre sincérité et originalité.
Quant à ce cd single, il propose l'un des deux "tubes" de l'album, "Pick Up The Phone", ainsi qu'un très bon inédit instrumental mélancolique à souhait "Red Room", un remix du morceau "This Room" par Four Tet et Manitoba ET l'excellente vidéo de "Pick Up The Phone", film d'animation avec des lapins en peluche aussi touchants que le morceau. Un très bon prolongement de l'album !
[sullivan]

>> Voir aussi : Radiohead, New Order, Tied and Tickled, Console

 

 

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