Forum Social Européen 2003
À l'occasion du prochain Forum Social Européen qui se déroulera à Paris (et banlieue) en novembre, Gildas J., qui travaille sur l'organisation de l'évènement, revient sur ce rassemblement difficile à cerner et souvent mal représenté par les médias. Le FSE (Forum Social Européen) réunit diverses tendances plus ou moins proches de nos convictions, mais il est, à notre avis, important de savoir se réunir, l'esprit ouvert, pour savoir si véritablement, nous sommes capables d'imaginer un autre monde…
Place à ce petit appel à la participation lancé par un citoyen concerné.

> texte : Gildas J.
> photos : JM Delage / Le Cyclope

 

[12-09-2003]

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Si la chaleur est le terme le plus usité en France en ce début de mois de septembre, il peut s’entendre au sens propre comme au sens figuré : le printemps social a été chaud, l’été a été brûlant et la rentrée risque de faire exploser la chaudière. Le Forum Social Européen s’annonce bien.

Que ce soient les manifestations contre la réforme des retraites, contre la modification du statut des intermittents du spectacle, l’évolution à venir du régime de sécurité sociale français ou du Revenu minimum d’insertion, le climat social français est échaudé par la politique de désengagement progressif de l’Etat de l’ensemble des solidarités nationales. En face, l’absence d’un discours politique clair, préférant la calomnie aux réelles contre-propositions nous fait craindre les biens mauvaises heures politiques à venir.
Dans le même temps, José Bové réussit le pari de rassembler près de 300 000 personnes sur le plateau du Larzac, cette manifestation devenant le symbole de la contestation de la politique sociale menée par le gouvernement de M. Raffarin et un pied de nez aux partis politiques de gauche n’arrivant que peu à fédérer.

Alors que la gronde n’a pas, ou peu, connu de relâche pendant l’été, la deuxième édition du Forum Social Européen qui se déroulera à Paris, Saint-Denis, Bobigny et Ivry du 12 au 15 novembre prochain se construit. Ce sera l’occasion pour tous ceux qui ne se satisfont pas de l’évolution de notre monde de réfléchir à un monde meilleur. A nous de le mettre en forme quotidiennement et le penser collectivement lors de ce Forum qui devrait accueillir 60 000 personnes. En 2001, à Porto Alegre se tient le premier Forum Social Mondial imaginé par les antimondialistes de l’époque en réaction au Forum Economique Mondial qui se tient à Davos, petite station de sport d’Hiver perdue dans la montagne suisse. A " économie ", ses initiateurs lui opposent " social " ; A la Suisse, bastion des capitaux mondiaux, ils lui opposent une ville du Brésil, pays du Sud, en développement, Porto Alegre ; Au " modèle dominant " qui régit l’économie, qui s’impose à la société, qui régule la culture, ils rétorquent altérité en résumant leur volonté et leur détermination par le slogan " Un autre monde est possible ".
D’aucuns diront que dans le monde de l’argent roi, l’altérité n’est pas possible. Et pourtant, elle se structure. En trois éditions mondiales et de multiples déclinaisons continentales et locales des forums sociaux, par les manifestations de Seattle en 1999, de Gênes en 2001, d’Annemasse en 2003, sur le Larzac il y a un mois, le mouvement antimondialiste s’est développé, attire et fédère jusqu’à devenir cette nébuleuse fourre-tout que nous connaissons aujourd’hui.

Une nébuleuse parce que l’altermondialisation réunit des personnes aux parcours, aux idéaux et aux idées différentes, militant sur des thèmes aussi divers que le commerce équitable, l’économie sociale et/ou solidaire, la taxe Tobin, l’égalité hommes femmes dans la société, la place des sans-papiers et leur régularisation… Ses acteurs prêchent également des causes politiques différentes ce qui fait que l’altermondialisation n’est pas une nouvelle expression de l’extrême gauche mais un mouvement d’actions et de contre-propositions qui prend des formes et suit des mouvements sociaux aux orientations diverses. L’altermondialisation ne se veut ni de droite ni de gauche. C’est avant tout un rassemblement de la société civile (citoyens, associations, syndicats et Organisations Non Gouvernementales), constitué d’hommes et de femmes.

Elle n’est pas une force politique mais un mouvement quelquefois qualifié de "mouvement des mouvements sociaux", à sa façon de regrouper des gens, des sensibilités sur des thèmes de société variés. Le réseau d’associations, de syndicats, d’Organisations non gouvernementales ATTAC, l’Association pour les taxations des transactions financières pour l’aide aux citoyens, en est un des acteurs et un des initiateurs et illustre cette nébuleuse. La ligue des droits de l’homme, le syndicat SUD (Solidaires, Unitaires, Démocratiques), la Confédération paysanne, pour ne citer qu’eux et le panel est encore plus large, en sont membres.

Tandis que la mondialisation est un phénomène difficilement caractérisable, prenant la forme de fusion-acquisition, d’OPA, d’OGM, d’OMC, de Banque Mondiale, l’altermondialisation se construit par des actions humaines concrètes et plus seulement des manifestations. Le Forum social européen de novembre prochain est l’occasion, pour des acteurs ou des curieux de l’altermondialisation, de mettre des mots sur ce concept aux contours qui restent flous pour tout le monde, à la définition difficile et aux frontières peu visibles. Pendant trois jours, des milliers d’européens échangeront des expériences, noueront des contacts et définiront encore un peu plus ce qu’est l’altermondialisation.
Le Forum Social est avant toute chose un espace de débat ouvert à toutes les forces vives de la société civile ou tout citoyen concerné par les questions qu’elle soulève. C'est ensuite une force de contre-propositions quant au développement de la planète. Alors qu’il conduit à des inégalités sociales, économiques, à des désastres écologiques, les forums sociaux permettent d’imaginer et de construire des alternatives plus justes, plus équitables, plus durables... C'est aussi un rassemblement militant, d'aucun dirait utopiste, cherchant à influencer la marche du monde actuel, à peser par la pertinence de ses idées sur les décisions locales ou internationales qui reprennent pour leitmotiv : "Un autre monde est possible". C’est enfin l’occasion de voir les formes concrètes que peut prendre l’altermondialisation.

Pour participer à ce Forum, il vous faut s’inscrire sur le site Internet www.fse-esf.org et s’acquitter d’une somme proportionnelle aux revenus. Les organisateurs recherchent également des bénévoles, des interprètes, des personnes prêts à accueillir des participants chez eux et des espaces associatifs sont encore disponibles.

Pour avoir un aperçu du programme des débats :
www.fse-esf.org/rubrique.php3?id_rubrique=179
Sites Internet à visiter pour de plus amples renseignements :
Le site du Forum Social Européen : www.fse-esf.org
Pour le moment assez pauvre en informations pratiques, il devrait prochainement être un très bon relais d’information et de participation.

Le site du Forum Social Mondial de Porto Alegre (Brésil) :
www.forumsocialmundial.org.br

Le site du prochain Forum Social Mondial de Mumbay (Brésil) :
www.wsfindia.org

 

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