> 11-09-01 : Une autre vision des choses *

Si l'attentat du 11 septembre à New-York a laissé un goût amer dans nos bouches, c'est bien entendu parce qu'il a fait plus de 6000 victimes, mais c'est aussi dû au jeu étrange auquel ont joué les medias. Un jeu aux couleurs du drapeau américain. Malgré l'horreur et la tristesse qu'engendre chaque évènement d'une telle violence, je pense que ce dernier peut nous apprendre des choses positives. Pourquoi, dans ce cas-ci, ne pas comprendre que la politique méprisante et hautaine des États-Unis envers une bonne moitié du monde (moyen-orient, amèrique du sud, afrique, etc.) est destructrice et ne peut engendrer que la haine. Pourquoi ne pas profiter de ces évènements pour revoir l'approche occidentale de la vie ? Comprendre que la tolérance et la différence sont indispensables. Comment ne pas remettre en question certains points de vue dépassés ? Pourquoi vouloir reconstruire des tours si hautes et inhumaines ? Pourquoi persévérer dans la compétition qui engendre obligatoirement un perdant ? Pourquoi encenser les appels à la violence aussi idiots dans un sens que dans un autre ? Malheureusement, les médias, à l'exception de quelques uns, n'ont rapporté, souvent, qu'un seul son. Celui du patriotisme aveugle, et de la haine facile (quand ils ne faisaient pas des dérapages plus que tendancieux, comme l'impardonnable titre de l'Express, mélangeant "Islamistes" et "Terroristes" !). Dans les interviews que vous avez vues à la télé, combien d'américains remettaient en question la politique de leur état ? Combien de fois avez-vous vu les images des manifestants américains pour la paix contre combien de fois le discours guerrier de Georges W. Bush ? Les médias parlent d'une seule voix : celle du porte-parole américain. Elle oublie trop souvent ceux qui refusent cette vision du monde. Ceux qui profitent du désastre pour comprendre, et ne pas refaire les mêmes erreurs. C'est pourquoi nous avons décidé de retranscrire ici quelques points de vues différents d'américains victimes ou proches de victimes. Ils sont particulièrement concernés par ce qui est arrivé mais n'en demeurent pas moins critiques et sensés. Nous ne voulons ni croisades ni djihad. Et comme le dit Susan Sontag (dernier article ci-contre) : "Partageons tous le même deuil. Mais ne partageons pas tous la même bêtise."
Bonne et positive lecture,
Mathieu

 

 

Message du boss de troubleman (label indé new-yorkais) datant du 13 septembre :
Salut, nous voici deux jours après les explosions et toujours rien excepté beaucoup de morts et la pose de circonstance du président. Je suis quelque peu à cours d'arguments sur tout ça. J'ai reçu quelques appels de proches ces derniers jours… ce genre d'appels que je ne veux plus vivre à nouveau. Je n'ai jamais été si proche de la mort. Je connais personnellemnt des gens qui ont été piégés dans les décombres et toujours portés disparus à ce jour. J'ai failli perdre ma mère et deux cousins, ainsi que quelques amis (dont Doug Mosurak de Progreria rds qui allait gagner sa vie, comme ma mère). Je suis sûr que vous avez tous lu les journaux et regardé la TV. Vous devez fuir toute cette merde et commencer à communiquer avec les autres. Fuiez la mort et la destruction, et essayer d'avancer. Soyez heureux d'avoir une famille, des amis , des animaux domestiques ou tout ce qui vous réconforte (des collections de disques ??). Mais éteignez la TV !

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Quelques extraits choisis des humeurs du célèbre Michael Moore ("The Big One", "Dégraissez-moi ça", etc.) :

Lettre du 13 septembre
Tout ce que je sais c'est qu'aujourd'hui j'ai tout entendu sur ce Ben Laden à part un fait : CE SONT NOUS qui avons créé le monstre connu sous le nom d'Osama ben Laden ! Cette information ne vient pas de moi, j'ai vu un reportage sur MSNBC l'année dernière qui expliquait tout. Lorsque l'Union Soviétique occupait l'Afghanistan, la CIA l'a formé, lui et ses hommes, à commettre des actes de terrorisme contre l'armée soviétique. Et ça a marché ! Les Soviétiques se sont enfuis. Ben Laden était reconnaissant pour ce que nous lui avions appris et il a pensé que ça pourrait être amusant d'utiliser ces mêmes techniques contre nous.
Nous abhorrons le terrorisme, sauf si c'est nous qui en sommes es auteurs. Nous avons payé, entraîné et armé un groupe de terroriste au Nicaragua dans les années 1980 qui ont tués30 000 civils. C'était NOTRE travail. À vous et à moi. Trente mille civils assassinés et qui diable s'en souvient ?
(…) Les parlementaires et les sénateurs passent leurs journées à réclamer plus d'argent pour l'armée. Un sénateur a même déclaré sur CNN qu'il ne voulait plus entendre personne lui demander une rallonge de budget pour l'éducation ou la santé. Nous ne devrions n'avoir qu'une priorité : notre défense. Ne parviendrons-nous donc jamais à réaliser que nous serions bien plus en sécurité si le reste du monde ne vivait pas dans la pauvreté pour que nous puissions porter de belles chaussures de sport ?

Lettre du 14 septembre
(…) Le type qui occupe la Maison Blanche a pleuré aujourd'hui. Continuez à pleurer, M. Bush. Plus vous pleurerez, plus vous évacuerez ce côté obscur, propre à chaque être humain, où la colère s'accumule jusqu'au point où on veut tuer sans discernement. Les vieux copains de votre père et de Reagan -- Eagleberger, Baker, Schultz -- vous demandent tous de bombarder d'abord, et de poser les questions ensuite. Vous ne devez PAS faire ça. Ne serait-ce que pour ne pas vous abaisser au niveau de ces bouchers. Oui, trouvez ceux qui ont fait ca. Oui, faites en sorte qu'ils ne puissent JAMAIS recommencer. Mais PRENEZ LES CHOSES EN MAIN, mon vieux. "Déclarer la guerre?" Et la guerre contre qui ? Contre un mec dans le désert qu'apparemment nous ne pouvons pas trouver ? Nos gouvernants sont-ils en train de nous expliquer que le pays le plus puissant au monde ne peut pas mettre la main sur un seul taré diabolique ? Parce que si c'est ça le message, on est complètement dans la merde. (…)
Mais je vous en supplie, M. Bush, restez dans la catégorie pleurs. Allez aujourd'hui à New York réconforter ses blessés. Dites au maire, un type que pas mal d'entre nous n'aimaient pas, qu'il fait un travail fantastique en maintenant au niveau le plus haut possible dans un moment pareil le moral des habitants. Alors que lui-même lutte contre un cancer. (…) En mai dernier, vous avez donné aux talibans d'Afghanistan 43 millions de dollars de nos impôts. Aucune nation du monde développé ne leur a donné un seul centime, mais vous, vous leur avez offert un cadeau de 43 millions de dollars parce qu'ils avaient dit avoir "interdit toute drogue". Votre guerre contre la drogue était plus importante que la vraie guerre que menaient les talibans contre leur propre peuple, et pour cette raison vous avez aidé à financer le régime qui donnait refuge à cet homme même dont maintenant vous dites qu'il est responsable de l'assassinat de mon ami dans cet avion, et de l'assassinat des amis de familles de milliers et de milliers de personnes. Comment osez-vous maintenant parler de plus d'assassinats ? Honte, honte et honte à vous ! Expliquez-vous sur votre soutien aux talibans ! Dites-nous pourquoi votre père et son copain M. Reagan ont formé M. Ben Laden au terrorisme !
Suis-je fâché ? Ça vous pouvez bien le dire. Je suis un citoyen américain, et mes gouvernants ont utilisé mon argent pour financer un carnage. Et voilà que mes amis en ont payé le prix de leur vie. Continuez donc à pleurer, M. Bush. Continuez à vous planquer dans l'Omaha, ou partout ailleurs où vous vous réfugiez quand les autres meurent, comme vous vous êtes enfui pendant la guerre du Vietnam tout en prétendant être en service dans l'Air National Guard. Neuf garçons qui étaient au collège avec moi sont morts pendant cette guerre déplorable. Et maintenant vous demandez "l'unité nationale" pour pouvoir en commencer une autre ? Ne m'insultez pas, et n'insultez pas mon pays comme ca !

Et dans sa lettre du 15 septembre
En traversant les réserves Indiennes de l'Arizona et du Nouveau Mexique, on est frappé par la pauvreté abjecte de ces lieux, et on se rappelle les 500 ans de terrorisme sponsorisé par l'état contre ces gens, un génocide virtuel. Combien de millions ont été tués par les colons et soldats américains ? Je ne m'en souviens plus. Mais les conséquences sont brutalement évidentes dans les cabanes et caravanes le long de la route 66.
(…) Quoi que puissent dire et montrer les médias, je suis convaincu qu'il y a une majorité d' Américains qui, bien qu'ils veulent que justice soit faite et être protégés d'autres attaques, ne veulent pas que George W. Bush se mette à jouer les Docteur Folamour.
A propos de Folamour, la semaine dernière a commencé avec l'un des meilleurs programmes de " 60 Minutes " depuis longtemps. Ils ont tout révélé : comment les Etats-Unis ? et plus particulièrement Henry Kissinger ? ont comploté au début des années 70 pour renverser le président du Chili démocratiquement élu. Le complot a réussi, le président Allende a été tué, et des milliers de Chiliens ont été brutalement torturés et assassinés. Aujourd'hui, de nombreux membres du nouveau gouvernement chilien voudraient faire comparaître Kissinger en justice pour ces actes de terrorisme. Pensez-vous que les Etats-Unis l'extraderaient ? (…) J'ai reçu plus d'e-mails cette semaine que jamais auparavant ? environ un millier toutes les quatre heures. Quatre-vingt-dix pour cent d' entre eux viennent de gens qui refusent aussi de se laisser entraîner dans une quelconque forme d'absurdité sanglante, et qui sont d'accord avec l'idée que nous devons trouver un moyen approprié de livrer à la justice ceux qui ont commis ces actes.

Source : www.michaelmoore.com
Traduction : Boris Lelong, G. Patey, Sébastien Raffray et Véronique
Valentin, traducteurs bénévoles.

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Copie de la lettre de M et Mme Rodriguez au New York Times :
Notre fils Greg fait partie des nombreux disparus dans l'attaque contre le WTC. Depuis que nous avons entendu la nouvelle, nous avons partagé bien des moments de douleur, de réconfort, d'espoir et de désespoir ainsi que des souvenirs heureux avec son épouse, les deux familles, nos amis et voisins, ses collègues de chez C/E, et toutes les familles affligées qui se réunissent tous les jours à l'hôtel Pierre. Notre peine et notre colère se retrouvent chez tous ceux que nous croisons. Nous ne pouvons guère prêter attention au flot continu d'informations, mais nous avons néanmoins perçu que notre gouvernement s'engageait dans la voie de représailles violentes, avec comme perspective la mort d'autres innocents et donc des parents, des amis, des fils, des filles qui souffriront aussi et auront de nouvelles raisons de nous en vouloir. Ce n'est pas la bonne voie. Cela ne vengera pas la mort de notre fils. Pas au nom de notre fils. Notre fils est mort victime d'une idéologie inhumaine. Nos actions ne devraient pas servir au même but. Partageons notre peine. Réfléchissons, prions. Trouvons ensemble une réaction rationnelle qui apporterait la paix et la justice au monde. Mais n'ajoutons pas , en tant que nation, à l'inhumanité de notre époque.

Copie de la lettre à la Maison Blanche :
Monsieur le Président,
Notre fils est l'une des victimes des attentats de mardi sur le WTC. Nous avons pris connaissance de votre réaction ces derniers jours et de la décision du Congrès, qui vous donne tout pouvoir pour réagir aux attaques terroristes. Votre réaction ne nous console en rien de la perte de notre fils. Au contraire. Ce que nous ressentons, c'est que notre gouvernement se sert du souvenir de notre fils comme justification pour faire souffrir d'autres fils, d'autres parents dans d'autres pays. Ce n'est pas la première fois que quelqu'un dans votre position reçoit ainsi des pouvoirs illimités et l'a regretté. L'heure n'est pas aux gestes vides pour tenter de nous consoler. L'heure n'est pas à jouer des mécaniques. Nous vous supplions de réfléchir à comment notre gouvernement peut mettre ouvre des solutions rationnelles et pacifiques au terrorisme qui ne nous réduisent pas au niveau inhumain des terroristes. Bien à vous.

Première parution ATTAC Newsletter 96
Traduction : Christine Pagnoulle, traductrice bénévole

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Voici l'avis du label G7 welcoming committee :
Les attaques furent horribles, personne ne le niera. Nous adressons nos condoléances à toutes les familles et aux amis qui ont perdu des proches dans ce cauchemar. Des milliers de vies ont été gâchées, c'est une véritable tragédie, quelqu'en soit les raisons. Mais il y a des raisons. Les médias grands-public semblent "oublier" POURQUOI il y a des milliers d'individus et de nations à travers le monde qui haïssent le gouvernement américain, le capitalisme et le super-pouvoir qu'ils représentent. Il est hallucinant d'entendre que l'acte du 11 Septembre aurait soi-disant été commis "sans provocation", alors que le gouvernement des USA a anéanti des gouvernements, décimé des peuples et gouverne le monde d'une main de fer depuis des décennies, en toute impunité et au mépris du droit international. Il a sur les mains le sang de milliers, voire millions d'Irakiens, de Palestiniens, de Cubain, de Panaméens, de Yougoslaves… La liste est sans fin. Comme les vies de milliers de gens, de familles, de peuples entiers ont été détruites par le gouvernement USA, il n'est pas étonnant qu'ils cherchent a se venger. Ceci ne justifie, bien entendu, pas les actes qui ont été commis, mais remet les évènements en perspective et peut aider à comprendre qui sont les vrais responsables. Malheureusement, ce n'est pas la machine de guerre américaine qui a le plus souffert. En fait, elle en a bénéficié, car un nouvel ennemi a fait son apparition et justifie à lui seul une mainmise sur les droits civiques et une augmentation drastique des crédits alloués aux militaires. Ce sont en partie des ouvriers, des civils, des gens "ordinaires" qui ont été touches, et ce sont maintenant les arabo-américains qui souffrent du racisme exacerbe. Et il est fort à craindre que des populations du Moyen-Orient presque choisies "au hasard" souffrent a leur tour !"

traduction rapide par un inconnu

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Pour finir, des extraits de l'article de Susan Sontag (photographe, essayiste et romancière née à New York) paru dans le New Yorker, et retranscrit en France dans le Télérama du 19 septembre :
(…) Combien de citoyens américains ont connaissance des bombardements continus sur l'Irak ? Et s'il faut utiliser le mot "lâche", peut-être devrait-il désigner ceux qui tuent à l'abris de toutes représailles, de là-haut dans le ciel, et non pas ceux qui sont prêts à mourir pour tuer d'autres gens. Dans le domaine du courage (une vertu moralement neutre), quoi qu'on puisse dire concernant les auteurs du massacre de mardi, ce n'étaient pas des lâches.
(…) Les leaders et les leaders potenciels de l'Amérique nous ont montré qu'ils considéraient que leur mission consistait à manipuler : instauration de la confiance et gestion de la tristesse. La politique, la politique d'une démocratie – qui comporte des désaccords et qui encourage la franchise – a été remplacée par la psychothérapie. Partageons tous le même deuil. Mais ne partageons pas tous la même bétise. Quelques bribes de connaissances historiques pourraient nous aider à comprendre ce qui vient de se passer, et ce qui risque d'arriver.

Traduction : Jean Esch

[26-09-2001]

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