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Les témoignages
qui suivent proviennent du site indépendant Indymedia.org sur lequel
vous pouvez retrouver une alternative à l'actualité des
médias "classiques". Nous ne pouvons que soutenir leur
action en faisant, dès que cela nous semble utile, le relais de
cette contre-information trop peu représentée.
Pour l'ouverture
de cette rubrique, nous nous rendons à Prague, pour les manifestations
qui se sont déroulées contre le FMI. Bizarre comme les vieux
démons ne semblent jamais vouloir disparaitre !

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Rapport
sur les vexations et les violences policières commises lors des
arrestations des 26, 27, et 29 septembre 2000 à Prague.
Les documents ci-dessous ont été établis le vendredi
29 septembre, après l'audition de deux ressortissants français
qui avaient été arrêtés au cours des manifestations
organisées contre le sommet du Fond Monétaire International
et de la Banque Mondiale, à Prague le 26 septembre 2000 et relâchés
le vendredi 29 septembre, dans le courant de l'après-midi, suite
à l'intervention du Consulat français au camp de rétention
de Balkova
Ces témoignages ont été recueillis, séparément,
l'un après l'autre, dans le bureau du Consul de France et en présence
de celui-ci.
En plus des témoignages directs des deux ressortissants français,
nous avons pu constater, lors de ces entretiens, ou juste après,
plusieurs éléments (présence d'ecchymoses sur le
visage, le torse et les jambes, boitement, lèvres tuméfiées,
marques très nettement visibles de menottes et escarres aux poignets,
sur une des deux personnes)
D'autres témoignages ont été recueillis auprès
de plusieurs personnes détenues les 27 et 28 Septembre et libérés
le jour même ou le lendemain. Ces divers témoignages sont
venus recouper les dires des deux Français.
Témoignage
de Jean Philippe XXX
( Les événements précédant l'arrestation du
témoin, sont confirmés par l'auteur de ce rapport, présent
sur les lieux à ce moment là, non loin du témoin,
et qui a pu suivre le déroulement des faits jusqu'à l'interpellation.)
Mardi
26 septembre après midi:
Jean Philippe XXX a tout d'abord suivi la manifestation sur le cortège
"jaune". Le cortège est parti de Namesti Miru en empruntant
les rues Rumunska et Legerova jusqu'au pont de Nusle (Nuselsky Most) entièrement
bloqué par d'importantes forces de police, soutenues par des canons
à eau et des blindés légers.
Arrivés ici, et après avoir constaté qu'aucun passage
vers le Centre des Congrès, où se réunissaient les
participants au sommet, n'était possible, les participants du cortège
jaune ont décidé de maintenir une présence en face
du pont. Les membres de l'association italienne Ya basta ! ont donc formé
un cordon, face aux forces de police et ont décidé de rester
là jusqu'à ce que cela ne soit plus possible.
Leur intention étant d'empêcher aussi longtemps que possible
l'accès au Centre des Congrès pour y bloquer les congressistes
présents. Au bout d'une heure de présence, tendue mais entièrement
pacifiste, des rumeurs sont parvenues de violents affrontements avec la
police sur un autre cortège qui progressait plus bas dans la vallée,
le cortège "bleu".
Peu après parvenait l'information, que le troisième cortège,
le cortège "rose", était parvenu à sa destination,
et tout comme le faisait le cortège jaune, avait décidé
de bloquer symboliquement les accès au Centre des Congrès
afin d'en gêner l'entrée et retarder la sortie des congressistes.
Au même moment, des personnes qui s'étaient trouvées
sur le cortège rose sont arrivées et ont fait circuler l'information
qu'ils avaient besoin de personnes supplémentaires, de leur côté,
pour pouvoir occuper toutes les rues menant au Centre des Congrès.
Un petit groupe de personnes, présentes sur le cortège jaune,
a alors décidé de traverser la vallée et de se rendre
de l'autre côté, vers la rue Marie Cibulkova.
Le témoin s'y est rendu accompagné de plusieurs français,
dont l'auteur du présent rapport qui a demandé au passage
à une observatrice légale de l'association tchèque
OPH (Obcanské Pravni Hlidky) de venir sur les lieux.
Quand nous avons traversé la vallée pour nous rendre de
l'autre côté du pont, nous avons entendu plusieurs explosions
de grenades lacrymogènes, ainsi que de très nombreuses sirènes
( véhicules de police, ambulances). L'extrémité de
la rue Jaromirova en direction de Ostricilovo Namesti était totalement
coupée, et de là venaient de nombreux journalistes ainsi
que quelques observateurs légaux OPH, tous témoins de la
violence des affrontements que se déroulaient au-delà entre
forces de police et manifestants.
Notre petit groupe est remonté en direction de la station de métro
Vysehrad et, de là, s'est dirigé vers la rue Maria Cibulkové.
Arrivés sur les lieux nous avons vu que le cortège rose,
accompagné d'un orchestre de samba, se tenait en face d'un important
dispositif policier. Plusieurs autres rues menant au Centre des Congrès
avaient été bloquées par des cordons de policiers
et par des barrières.
Dans certaines de ces rues, des sittings avaient été organisés
juste en face du dispositif policier. Dans d'autres étaient mis
en place des "filtrages" ( des manifestants se donnant la main
afin de bloquer symboliquement la rue et empêcher l'entrée
du centre des Congrès aux congressistes).
Sur aucun des lieux visités je n'ai constaté la moindre
trace de violence, ni même de velléité de violence,
le rapport de force avec la police étant hautement dissuasif. Le
"blocage" du Centre des Congrès a duré environ
une heure, sans qu'il y ait le moindre incident.
Les sittings ou les chaînes de filtrage étant systématiquement
levées au passage des ambulances qui entraient ou sortaient du
Centre des Congrès, ainsi que pour laisser circuler les simples
passants ou les riverains.
Seuls les membres du Congrès étaient arrêtés
et une discussion s'engageait avec eux, le plus souvent "bon enfant"
de la part des manifestants mais aussi des congressistes, qui repartaient
alors en attendant que cela passe. Je me suis déplacé vers
le sitting qui se trouvait dans une ruelle adjacente ( vers Na bitovni
plani), au moment où le dispositif policier s'ouvrait pour laisser
sortir un délégué de l'enceinte du Centre des Congrès.
Le sitting n'a pas bougé et le congressiste a essayé de
le traverser en marchant sur les personnes assises au sol.
Il était accompagné par quatre policiers qui ont voulu faire
dégager les manifestants.
Ceux-ci ont rameuté d'autres personnes qui sont alors venus faire
un cordon en se donnant les mains, afin de bloquer la sortie du congressiste.
Un des policiers a alors saisi sa matraque, a attrapé violemment
un manifestant qui se trouvait devant lui, le poussant contre la façade
d'une maison et le frappant.
Il a aussitôt été rejoint par un deuxième policier
qui est venu violemment ceinturer le manifestant. Les autres manifestants
se sont aussitôt rapprochés ainsi que des journalistes qui
ont photographié l'action.
Un cri a été lancé "filmez leur numéros".
(Il est à remarquer que contrairement à ce qu'il est normalement
prévu, je n'ai pas vu de numéro identifiant sur les casques
des policiers mais juste au-dessus de la pochette de leur veste).
Presque aussitôt les policiers ont relâché leur étreinte
et sont retournés derrière le dispositif policier, emmenant
le congressiste avec eux. Le sitting des manifestants a alors repris.
Vers 16 h 30, est parvenue la nouvelle que le cortège "jaune"
avait levé son blocage à l'autre extrémité
du pont et qu'il se repliait sur Namesti Miru. L'accès de ce côté
du Centre était alors ouvert.
L'action de blocage menée par les manifestants "rose",
n'avait plus de véritable efficacité et nombre de manifestants
ont décidé de se retirer, en cortège, après
avoir prévenu l'ensemble des personnes présentes. Les groupes
répartis dans les différentes rues ont été
avertis et des manifestants ont commencé à se replier par
grappes.
Le groupe des Français est parti ensemble. Un peu après
17 h 00, a l'angle de la rue Viktorinova, et alors que les manifestants
commençaient à se replier, une première charge de
police a eu lieu sans qu'il y ait eu le moindre avertissement au préalable
et sans que j'ai pu entendre, ni à ce moment ni avant, l'annonce
de la dispersion du rassemblement par la police. Une grenade de gaz lacrymogène
a été lancée sur les manifestants créant un
petit mouvement de panique vers la rue du 5 Mai (5. Kveten). Certains
manifestants se sont arrêtés dans leur course et ont fait
demi-tour. Les policiers ont alors reculés, retournant à
leur position initiale. Des manifestants sont restés sur la rue,
attendant que les retardataires les rejoignent, les autres sont partis
à pied ou par le tramway 18 pour se rendre sur la Place Wenceslas.
J'ai accompagné le groupe qui partait en tramway. Jean Philippe
XXX ainsi qu'un autre français,
Xavier XXX, sont pour leur part restés. Ils ont rejoint un sitting
qui se trouvaient près de la rue Petrova (?)
Une nouvelle charge, beaucoup plus importante, a eu lieu et les quelques
personnes présentes à cet endroit ont été
arrêtées alors qu'elles participaient au sitting. A aucun
moment il ne leur a été signifié les motifs de leur
arrestation. Les journalistes présents ainsi que les observateurs
légaux de l'association OPH ont été refoulés
lors de l'arrestation et aucun n'a pu accompagner les personnes interpellées.
Les personnes arrêtées ont alors été mises
dans un car de la police qui les a conduit près d'un commissariat,
dont Jean Philippe XXX ne connaît pas le nom.
Là, elles ont été descendues, et mises en rang dans
la rue, les jambes écartées, les mains posées sur
la paroi du car, pour qu'il soit procédé à une fouille
corporelle. Diverses affaires leur ont été retirées.
Jean Philippe XXX s'est vu confisquer ses lunettes. Il a demandé
en anglais au policier s'il pouvait les reprendre car il en avait besoin.
Il a reçu une gifle en réponse. Aussitôt après
la fouille au corps, les interpellés ont été remis
dans le véhicule et conduits au poste de police de Lohtka.
Du mardi 26 au soir au mercredi 27 au soir :
Arrivés au commissariat de Lohtka, les interpellés ont demandé
la présence d'un avocat ou le droit pouvoir passer un coup de fil,
ce qui leur a été catégoriquement refusé.
Une nouvelle fouille a eu lieu au cours de laquelle, un policier a confisqué
à Jean Philippe XXX divers papiers personnels : des tickets de
métro, une fiche d'hôtel... et les a détruits. Jean
Philippe XXX a protesté, le policier a sorti sa matraque a couru
vers lui en la brandissant, a fait mine de le taper et lui a crié
"Fuck you !" plus diverses autres insultes.
On a alors présenté aux personnes arrêtées
un formulaire rédigé en tchèque pour le leur faire
signer. Certains ont demandé à ce qu'on leur traduise le
texte. Un traducteur était présent au poste de police et
a traduit, de façon imprécise les différents formulaires.
Toutes les personnes arrêtées l'avaient été
au même endroit et dans les mêmes circonstances, pourtant
les formulaires n'étaient pas les mêmes pour tout le monde.
Certains portaient les actes d'accusation de " refus d'obéissance
aux forces de l'ordre, rébellion, et injures à agent",
d'autres non. Jean Philippe XXX qui possédait un portable qu'on
ne lui avait pas encore confisqué, a téléphoné
à un numéro des organisateurs de la manifestation, et a
demandé ce qu'il fallait faire. On lui a recommandé de signer
l'acte, sinon les procédures de relaxes seraient plus compliquées.
Lui et plusieurs des autres personnes arrêtées ont donc signé
l'acte que la police leur avait remis.
Les personnes arrêtées ont été mises à
six dans des cellule de 15 mètres carrés. Jean Philippe
XXX s'est retrouvé en compagnie de Xavier XXX et de quatre Basques.
Ils sont restés un total de 24 heures dans ce commissariat sans
recevoir aucune visite ni d'un avocat, ni d'un observateur légal,
ni d'un médecin, ni d'aucune personne de l'extérieur.
Il leur a été donné à manger 2 fois au cours
de ces vingt quatre heures, alors que la législation tchèque
prévoit un repas toutes les six heures.
Le repas consistait, à chaque fois, en deux tranches de pain et
quelques rondelles de mortadelle. Beaucoup des personnes détenues
étaient végétariennes et ont demandé à
avoir la possibilité d'un repas végétarien, comme
prévu dans la Charte des Droits Fondamentaux et des Libertés.
On leur a alors retiré les tranches de saucisson et ils ont dû
se contenter de deux tranches de pain. (Dans d'autres endroits et notamment
dans le centre de la police des étrangers à Olsanska les
détenus ont dû payer pour pouvoir manger, comme il nous l'a
été rapporté et confirmé par de nombreux témoignages
de personnes détenues.)
Le commissariat où Jean Philippe XXX se trouvait n'était
nullement équipé pour le couchage et tous ont dû dormir
à même le sol sans qu'il ne leur soit apporté de couvertures.
Du mercredi 27 au soir au jeudi 28 au soir :
Après vingt quatre heures de détention dans ce lieu, les
détenus ont été conduits au centre de police pour
les étrangers a Olsanska, près de Zizkov, centre par lequel
ont transité presque toutes les personnes arrêtées
juste après les manifestations du mardi 26, ou embarquées
lors des différents contrôles qui ont eu lieu, les deux jours
suivants.
A leur arrivée, les témoins ont été effrayés
par l'extrême tension qui régnait dans le lieu.
Les personnes arrêtées ont été systématiquement
insultées, les policiers présents semblaient agressifs,
s'adressaient à eux en criant, les bousculant parfois sans ménagement.
Une nouvelle fouille au corps a été effectuée.
Les personnes ont été déshabillées, ont leur
a tranché les lacets de chaussure, ont leur a pris leur passeport
et/ ou leur carte d'identité, leur montre, ainsi que d'autres effets
personnels ( qui à priori leur ont été rendus à
la fin de leur arrestation). Il est cependant à noter qu'un autre
ressortissant français, qui était entré sur le territoire
tchèque sans passeport et ne possédait qu'une carte d'identité
, s'est vu arbitrairement confisquer celle-ci et a été relâché
dans les rues de Prague, à la fin de son arrestation, sans aucun
papier d'identité. Le Consulat français a dû lui établir
un laisser-passer pour qu'il puisse ressortir du territoire tchèque.
Dans le poste de police se trouvaient d'autres personnes dont certaines
semblaient sérieusement blessées. Il y avait un jeune Allemand,
visiblement frappé à la tête, saignant de l'oreille,
et l'air commotionné.
Un ressortissant franco-israëlien, Joshua Tzarfaty, le visage tuméfié
à divers endroits (les yeux, les lèvres), la jambe blessée,
et souffrant de contusions aux côtes, ainsi qu'un touriste américain
les dents cassées.
D'autres ressortissants français détenus, eux aussi au centre
de police pour les étrangers, m'ont dit avoir parlé à
un Américain du nom de Price qui était blessé à
la tête et qui affirme s'être fait taper dans ce commissariat.
De nombreux témoignages émanants de ressortissants de différentes
nationalités parlent d'une vingtaine ou d'une trentaine de personnes
enfermées dans une cours extérieure du centre de police
de Olsanska où ils ont passé la nuit de mercredi 27 ou jeudi
28. Jean
Philippe XXX rapporte, qu'il était interdit de parler et que dès
que quelqu'un faisait mine de vouloir communiquer à son voisin,
un policier se levait, s'approchait de la personne et lui criait dessus
en la menaçant de sa matraque.
Parfois, par jeu, le policier faisait mine d'abattre sa matraque, ce qui
faisait rire les autres policiers présents. Certaines personnes
retenues n'ont pas eu l'autorisation d'aller aux toilettes. Quand elles
en demandaient la permission en anglais on leur répondait "
No, you are wrong, you are wrong ".
Ainsi un jeune manifestant, en colère, a décidé d'effectuer
ses besoins dans sa cellule. Les policiers sont intervenus et l'ont conduit
dans un bureau dont il est ressorti plusieurs minutes après, visiblement
effrayé et calmé. Au bout d'un moment, quelques personnes
ont pu se rendre aux toilettes.
Quand les jeunes filles y allaient, les policiers se mettaient derrière
elles et, tout en rigolant, faisaient des gestes obscènes avec
leur matraque.
Dans ce lieu, plusieurs des personnes détenues ont entendu parler
de tortures ou de sévices corporels .
Un Allemand aurait été laissé les pieds et les mains
attachés et auraient eu les doigts cassés. Nous n'avons
pas pu vérifier directement ces dires. Il faudrait donc se renseigner
auprès du Consulat allemand en République tchèque.
Une jeune fille américo-autrichienne, de dix-sept ans, Sylvie Yolande
Mach, arrêtée, mineure, et dont ni les parents, ni le tuteur
légal n'ont été immédiatement prévenus
de l'arrestation, comme il l'est spécifiquement notifié
dans le droit tchèque, a été mise sous le coup d'une
inculpation de "désobéissance, de résistance
et d'insulte à agent".
Prise de panique ou cherchant à s'échapper, elle a sauté
du premier étage du commissariat.
Elle s'est cassé une jambe et un bras et est aujourd'hui à
l'hôpital Thomayerova.
A en croire la radio tchèque, elle devra retourner en prison, dès
sa convalescence finie.
Nuit du jeudi 28 au vendredi 29 après midi ;
Jean Philippe XXX, Xavier XXX, Joshua Tzarfati ainsi que d'autres ressortissants
français et étrangers ont été conduits dans
la nuit du jeudi au vendredi au centre de détention pour les étrangers
de Balkova à côté de Kracin, non loin de Karlovy Vary,
dans le district nord de Plzen.
Arrivés dans le camps ils ont été complètement
déshabillés, on a confisqué l'ensemble de leurs effets.
Puis on leur a inscrit un numéro de détention à l'encre
bleue, sur toute la longueur du bras avant de leur enfiler un pyjama rayé.
J'ai pu voir, de moi-même, les numéro inscrits à l'encre
sur les bras des deux Français qui m'ont apporté leur témoignage.
Une telle pratique est une véritable insulte pour tous les Tchèques,
juifs, tziganes, ou opposants au régime nazi du protectorat de
Bohème-Moravie qui ont été déportés
dans des camps de concentration, ainsi que pour tous les autres déportés.
Que ce genre de pratique se fasse, à priori, assez normalement
dans un pays démocratique, est totalement intolérable.
Après avoir été "marqués", les détenus
se sont fait signifier, qu'ils étaient désormais sous une
juridiction spéciale, qu'ils étaient en "suspension
de droits" et qu' ils n'avaient le droit qu'à un coup de fil
et à une visite toutes les trois semaines.
Puis on les a mis dans des cellules, en séparant les ressortissants
de même nationalité. Les policiers ont de nouveau apporter
un repas constitué de viande. Les détenus végétariens
ont demandé à avoir le droit à un repas végétarien,
ce qui leur a été catégoriquement refusé.
Tous les détenus ont alors décidé d'entamer une grève
de la faim. Au bout de dix minutes, les policiers ont retiré le
repas à tous les détenus.
Peut être pour les punir de leur grève de la faim, les policiers
ont empêché les détenus de dormir, en laissant toutes
les lumières allumées et en parlant fort toute la nuit.
Matinée du vendredi 29 :
Au petit matin les détenus qui essayaient de dormir après
la nuit, ont été brusquement réveillés par
des coups que les policiers donnaient sur les portes aux cris de "Wake
up !" et par des insultes. En fin de matinée l'arrivée
annoncée d'une représentation du consulat français
et du consul a provoqué un changement d'attitude de la part des
policiers.
Les Français ont été regroupés, on leur a
redonné leurs effets. Après s'être assuré de
leur présence, le consul a demandé à repartir avec
les ressortissants français et a tenu à les ramener sur
Prague.
L'intention initiale des policiers tchèques était de les
mettre dans un de leur car et de les conduire à la frontière
tchéco-allemande pour les y relâcher. Il est à noter,
que jusqu'au matin, les services consulaires n'avaient pas la liste exacte
de toutes les personnes arrêtées ni leur lieu exact de détention.
Aux questions de la part des autorités consulaires françaises
les services de la police tchèque répondaient qu'il était
impossible de donner une liste exacte, les personnes arrêtées
se trouvant dans des lieux différents.
Beaucoup de personnes arrêtées ont ainsi été
identifiées et localisées soit sur la base des dires de
témoins présents lors des arrestations ou des détentions,
soit à la suite d'appel des familles qui avaient été
alertées par des amis présents sur les lieux.
Les autorités tchèques n'ont en aucun cas facilité
le travail des services consulaires étrangers. A l'heure d'aujourd'hui
nous ne sommes pas même totalement sûrs que tous les ressortissants
étrangers aient été libérés, ni que
les différents services consulaires soient au courant de toutes
les détentions.
Témoignage
de Joshua Tzarfaty.
Après-midi du mardi 26 septembre :
Joshua Tzarfaty est étudiant en médecine en Israël,
et a la double nationalité franco-israêlienne. Il faisait
partie de l'assistance médicale de la manifestation du mardi 26
septembre.
A ce titre il portait un brassard avec une croix rouge, ainsi qu'une autre
croix rouge, fixée sur son sac-pharmacie.
Le brassard qu'il m'a montré, était clairement reconnaissable
de loin et il m'a assuré l'avoir mis en évidence sur lui,
durant toute la manifestation.
Joshua Tzarfaty est parti sur le cortège "jaune", avec
trois autres membres de l'équipe médicale et un docteur.
Arrivés au pont de Nusle, ils ont été appelés
sur un portable afin de venir en aide à l'équipe médicale
présente sur le cortège "bleu" qui connaissait
de sévères affrontements avec la police dans le fond de
la vallée de Nusle. Ils sont descendus.
Là, ils ont pu voir de nombreuses personnes blessées, qui
avaient reçu soit des coups de matraque, soit des petits pavés
que les policiers avaient relancés, en réponse à
ceux qu'ils avaient reçu de la part de certains manifestants.
Certaines blessures étaient assez graves. Parmi les personnes blessées
se trouvaient des personnes non manifestantes, des journalistes, des observateurs
légaux, et quelques passants.
Après de sérieux affrontements et une nouvelle charge de
la police, le cortège bleu a été dispersé.
Joshua s'est alors rendu sur le cortège "rose" où
des affrontements venaient d'être signalés, au moment de
la dispersion du cortège. Il était alors entre 17 et 18
heures.
Plusieurs personnes blessées se trouvaient là-bas. Joshua
Tzarfaty s'est occupé d'elles et, à ce moment là,
a perdu contact avec le reste de son groupe médical. Il a marché
avec l'ensemble de la manifestation rose qui se dispersait et se dirigeait
vers la Place Wenceslas.
Quand il est arrivé sur la place, les policiers étaient
très violents (c'était juste après que quelques personnes
ont brisé les vitrines du restaurant MacDonald qui se trouve en
haut de la place, près du Musée).
Dans la confusion il a pu retrouver une personne du groupe médical
et devant les mouvements de panique et la fuite des gens, ils ont décidé
de quitter la place pour aller dans un endroit plus sûr. Ils ont
emprunté une petite rue, partant de la place, et ont marché
calmement pour s'éloigner. Ils ont alors entendu des sirènes
de la police et le bruit de plusieurs cars qui s'arrêtaient derrière
eux.
Des policiers sont descendus et ont commencé à arrêter
les personnes qui se trouvaient dans la rue. Joshua a pris peur et s'est
mis à courir dans la direction opposée. Plusieurs policiers
se sont mis à courir à sa suite. Tout en courant Joshua
criait "Red Cross, Red Cross !"
Un policier l'a rattrapé, l'a plaqué violemment sur le sol,
a arraché le morceau de tissus couvert d'une croix rouge qu'il
avait sur son sac et l'a frappé une première fois au visage.
Un deuxième policier est arrivé, a sorti une sorte de sangle
ou de lanière en cuir et lui a enserré les mains avec, suffisamment
fort pour que les marques soient encore bien visibles plusieurs jours
après.
Il a été mis dans un fourgon où se trouvaient déjà
7 personnes interpellées. Il a été maintenu sur le
sol, face contre le plancher. Un policier l'a frappé à la
tête.
D'autres policiers sont arrivées, l'on retourné et lui ont
étendu les bras et les jambes. Il a alors été matraqué
sur les bras, sur les jambes, plus particulièrement sur les articulations,
sur le torse.
Un policier l'a de nouveau frappé à la tête. Ils l'ont
alors relevé et ont arraché ses lacets. Un policier a désigné
sa ceinture et a crié quelque chose en tchèque qu'il n'a
pas compris.
Le policier a alors tranché la ceinture avec un couteau. Un policier
l'a de nouveau frappé au ventre, puis ils l'on remis à terre.
Il a voyagé ainsi dans le véhicule et ils sont arrivés
dans un commissariat, dont Joshua ne connaît pas le nom.
Mais plusieurs témoins allemands disent l'avoir vu dans la journée
de mercredi au commissariat de Lupacova, à Prague 3. Soir du mardi
26 à nuit du mercredi 27 Arrivé au commissariat, Joshua
a été mis dans un minuscule réduit où il n'avait
pas de place. On est venu le chercher et on lui a fait signer une déposition,
sans lui en avoir fait la traduction préalable.
Ce n'est qu'après, quand il a du signer une autre déposition,
qu'on lui a donné la traduction de ce qu'il avait alors signé.
A aucun moment Joshua n'a été informé des raisons
exactes de son arrestation.
Il a demandé à pouvoir appeler quelqu'un ou joindre les
conseillers légaux de l'association OPH, on lui a refusé
sèchement.
Un peu plus tard, on l'a emmené dans une autre pièce où
il a été de nouveau frappé pendant plusieurs minutes,
sur le dos, le ventre, aux lèvres, puis on l'a reconduit dans une
cellule. On lui a servi à manger, deux tranches de pain et du saucisson.
Joshua est strictement végétarien et a demandé à
avoir autre chose, on lui a donné uniquement du pain. Puis il a
essayé de dormir sur un petit banc, mais n'a pas pu, à cause
de la douleur.
Joshua pense que l'acharnement des policiers à son encontre était
dû au fait qu'il portait un sweat shirt bleu et que les policiers
ont cru qu'il faisait parti du fameux cortège "bleu"
sur lequel il y a eu des affrontements violents avec la police.
Il y a malheureusement de fortes présomptions pour que si la police
a été influencée par la couleur ce n'est pas par
celle des vêtements de Joshua mais bien par celle de sa peau.
En effet, de nombreux témoignages concordent pour rapporter les
propos ou les attitudes racistes de certains policiers (ceci étant
également rapporté par des observateurs tchèques
et par le fait que les personnes arrêtées, les plus durement
traitées ont principalement été les ressortissants
Israéliens et Grecs.)
Joshua tient cependant à préciser que les policiers de ce
commissariat n'ont pas tous été aussi durs avec lui et que
deux d'entre eux ce sont même montrés prévenants à
son égard, une femme lui a également proposé d'aller
chercher un médecin, offre que Joshua a déclinée.
Journée du jeudi 28
Après vingt quatre heures passées dans le commissariat de
Lupacova, Joshua a été conduit dans un autre commissariat.
Là, se trouvait une personne qui est venue vers lui, lui a montré
une carte des observateurs OPH, a un peu parlé avec lui et lui
a conseillé de signer la déclaration qu'on allait lui donner.
Ce qu'il a fait. (Or, après sa libération, vendredi soir,
je l'ai accompagné au Centre d'information, pour qu'il puisse y
retrouver ses amis qui l'attendaient, et raconter les conditions de sa
détention aux journalistes.
Or, les différents observateurs OPH qui s'y trouvaient nous ont
clairement certifié qu'aucun membre de leur association n'avait
pu entrer dans les commissariats.)
Après un court passage dans ce commissariat il a été
conduit au centre de police pour les étrangers rue Olsanska, près
de Zizkov où se trouvaient de nombreuses personnes arrêtées.
Quand il est arrivé et que les policiers ont vu qu'il se tenait
les cotes et qu'il boitait, l'un d'entre eux lui a donné un coup
avec sa matraque à l'endroit douloureux, "comme par accident",
en s'excusant après. Ce qui a fait rire les autres.
Joshua a été conduit dans un local où il a été
complètement déshabillé, par un policier qui a ouvert
la porte une fois qu'il était nu afin que les personnes présentes
dans le hall puissent le voir. (Ce fait m'a été rapporté
par plusieurs autres personnes arrêtées, hommes ou femmes,
qui ont dû subir la même "plaisanterie",)
On a alors procédé à la prise de ses empreintes digitales
et à des photographies pour l'établissement d'une fiche
anthropométrique. Alors qu'on prenait sa photo, plusieurs policiers
se sont amusés à le photographier à leur tour pour
leur "album de famille".
Les passeports ayant été relevés et l'identité
des prévenus clairement établie, on peut se demander pourquoi
la police a procédé à l'établissement de fiches
avec relevé des empreintes et photographie, puisqu'il est stipulé
dans le droit tchèque, qu'une fois l'identité de la personne
confirmée, il ne peut être fait ni relevé d'empreintes
digitales ni photographie (article 13 section 7 de l'acte 283/ 1991 ou
"PolAct")
Aucune des personnes à qui cette mesure a été appliquée
n'a pu, à ma connaissance, en savoir les raisons ni obtenir de
renseignements sur l'utilisation ultérieure de tels documents,
même quand ils en ont fait la demande. Au poste de police pour les
étrangers, Joshua a demander à téléphoner,
droit qui lui a été refusé.
Nuit du jeudi 28 au vendredi 29
Au matin Joshua ainsi que d'autres personnes présentes au poste
de police des étrangers ont été mises dans un car.
Dans le véhicule se trouvait une cage très étroite,
et les policiers ont enfermés deux personnes à l'intérieur,
juste pour rire.
A leur arrivée au camp de rétention des étrangers
à Balkova, ont les a mis nus, on a confisqué leurs affaires,
puis on leur a marqué un numéro à l'encre sur le
bras et mis un pyjama rayé.
Durant toute cette opération, les policiers riaient. A leur arrivée
ont leur a dit qu'ils pourraient rester là jusqu'à 180 jours,
et qu'ils n'avaient la possibilité de sortir pour se dégourdir
les jambes qu'une heure toutes les 24 heures.
Pourtant, quand certains ont demander à aller en promenade on leur
a catégoriquement refusé ce droit. Ils ont été
mis à 4 dans des cellules de quinze mètres carrés
environ.
Les policiers du camp ne s'adressaient aux prisonniers qu'en tchèque,
le plus souvent en hurlant ou en accompagnant leurs propos de gestes vifs.
Mais lorsqu'un détenu de la cellule de Joshua a ouvert une fenêtre
pour communiquer avec les détenus de la cellule voisine un garde
qui ne leur parlait qu'en tchèque est arrivé et lui a intimé,
en anglais, l'ordre de fermer la fenêtre. Au repas on leur a servi
de la viande. Les détenus végétariens, dont Joshua,
ont demandé à avoir autre chose, mais les policiers n'ont
pas voulu. Ils ont alors décidé de faire la grève
de la faim.
Quand les policiers ont vu qu'ils refusaient de manger ils ont retiré
les plats après dix minutes et n'ont rien donné d'autre.
Durant toute la nuit on les a empêché de dormir, les lumières
sont restées allumées, les policiers de garde criaient.
Au matin, lorsque les policiers ont vu que personne n'avait mangé,
ils ont réveillé les détenus qui essayaient de dormir,
en criant et en tapant sur les portes. Ils sont entrés dans les
cellules et les ont secoué en criant "no sleep, no sleep".
Quand le consul de France est arrivé ils ont été
regroupés, puis on leur a rendu leurs effets personnels. On leur
a également rendu leur passeport sur lequel a été
mis un visa d'expulsion, expirant à 24 ou 48 heures, suivant les
personnes.
Joshua n'a personnellement vu personne se faire taper dans le camp de
Balkova mais il a entendu dire qu'un Allemand y avait été
battu.
A côté de ses deux témoignages j'ai pu recueillir
d'autres informations émanant de plusieurs autres personnes interpellées
ou détenues. la plupart concernent l'absence totale d'information
tant au niveau des droits des détenus, qu'au niveau des raisons
motivant les arrestation.
Plusieurs cas manifestes d'arrestation arbitraire sont également
à déplorer. Deux Français, Aude et Boris, ont ainsi
été arrêtés, le mercredi 27 au matin, en dehors
de toute manifestation, ou de tout rassemblement à caractère
dangereux, alors qu'ils marchaient en compagnie d'autres étrangers
sur le Pont Charles. Après l'arrivée de deux véhicules
de la police et un contrôle d'identité, ils ont été
arrêtés et conduits au poste de police pour les étrangers
rue Olsanska, sans qu'on leur ait notifié les raisons de leur interpellation,
ni à ce moment, ni par la suite. J'ai moi-même eu à
subir un contrôle d'identité, durant la journée du
jeudi 28, à un arrêt de tramway, loin du centre, en dehors
de tous les lieux de rassemblements, où des points de rencontres,
alors qu'il n'y avait aucune manifestation, que la sécurité
des biens et des personnes ne pouvait en aucun cas être menacée
et que rien ne pouvait motiver mon contrôle, ni dans mon attitude,
ni dans mon "accoutrement" (critère trop souvent choisi
par les forces de l'ordre tchèques, ainsi que malheureusement celui
de "sale gueule").
La seule raison pouvant expliquer ce contrôle d'envergure (puisque
pas moins de six policiers ont été requis) est que je me
trouvais avec quelques Français et que nous parlions en français
Un contrôle des passeports a été effectué,
donnant lieu à l'établissement d'une fiche.
Aucune copie n'a été donné aux personnes interpellées,
aucune justification du contrôle n'a été fournie,
même après demande express en tchèque. Aucun renseignement
sur l'utilisation et le devenir de ces fiches n'a été transmis
aux personnes interpellées. Plusieurs autres témoignages
font état d'injures, de brusqueries, et de vexations de toutes
sortes (empêchement de dormir , détenus déshabillés
en face de témoins, gestes ou propos obscènes ou racistes,
intimidations, ...) de conditions de détention déplorables
( couchage à même le sol sans aucune couverture, enfermements
à plusieurs dans des espaces réduits, pose de menottes,
absence de médecin ou d'assistance médicale pour les personnes
blessées, distribution de nourriture uniquement contre paiement,...)
Dans presque tous les cas il a été impossible aux personnes
arrêtées de voir un avocat ou de donner un coup de fil. Rapport
établi d'après témoignages, par Bertrand Schmitt,
à Prague, le 30 septembre 2000.
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