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| Voilà quelques temps que Chris me parlait de ce projet. Interpellé par le titre de l'album des allemands de Yage, "Anders Leben !?", Chris s'est intérrogé sur sa propre vie, et les choix qu'il fait pour éviter le conformisme d'une vie trop souvent vide de sens. A travers son témoignage, nous aimerions lancer une nouvelle rubrique dont l'existance ne dépendra que de vous… En effet, nous souhaiterions que vous vous exprimiez, qu'à votre tour vous fassiez part de votre expérience. Cette rubrique aimerait devenir un carrefour où les opinions se croisent et les expériences s'enrichissent. Pour une fois, nous vous demandons d'être acteur, d'offrir, de partager et de ne plus seulement passer par ici. J'espère que l'expérience fonctionnera et prendra de l'ampleur. Cela ne dépend que de vous. Pour cela, il vous suffit d'envoyer vos textes à notre adresse, et nous mettrons en ligne les meilleurs. Le but n'étant pas de censurer les textes, mais juste de ne pas transformer cette rubrique en forum, très présents sur Internet, mais bien trop souvent vides de contenu et inintéressants. J'espère que vous adhérerez à notre démarche en prouvant que notre scène n'est pas une copie dissimulée d'une société passive.
Illustration
par Olivier Remy
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9.
Laurent, 30 ans
VIVRE AUTREMENT!?
Tout d'abord,
très bonne initiative que cet espace d'expression sur le thème
de "vivre autrement". Suite aux propos de Mathieu, je voudrais
continuer sur cette notion de "milieu" underground. L'appartenance
a un milieu dit "underground" ne m'a pas rien apporté
de positif. J'ai ressenti les mêmes comportements qu'ailleurs.
Les apparences et le politiquement correct sont également présents
dans le punk rock, même dans un concert de 50 hard-coreux. Beaucoup
se persuadent d'être "en marge" en s'habillant en treillis/sweat
a capuche ou en étant déraisonnablement excessif et enthousiaste
au sujet du groupe quelconque qui joue ce soir la. J'ai parfois eu la
sensation qu'a partir du moment ou le groupe est "intègre",
"éthique", ou qu'il fait partie d'une "communauté
underground", on en oublie sa qualité musicale ou sa prestation
scénique, comme s'il était excusé d'avance. Comme
si, être "underground" suffisait pour être un
bon groupe de rock'n'roll! J'ai connu une période faste de concerts
dans les 90's (ça fait un peu ancien combattant je l'avoue) grâce
a l'association silly hornets : neurosis, no means no, alice donut,
victims family, doa… bref depuis je n'ai plus retrouvé
cette "qualité" de "show". (mes derniers
concerts étaient souvent des groupes, certes au point, aux morceaux
bien foutus mais au charisme et a la présence scénique
proches du zéro. (bien souvent français, il faut le reconnaître).
Je crois que je préférerais voir plus de "connards
arrogants" sur scène et qui ne seraient pas hors système
mais qui donneraient le maximum pour le show. La musique n'est pas la
meilleure "arme" du vivre autrement. Il me semble important
de savoir parfois dissocier la musique de l'éthique. On en a
rien a foutre de savoir que le batteur ou le guitariste du groupe sur
scène est un mec classe, qui est végétarien ou
qui dirige un label. Je fais partie d'un certain public qui aime voir
des groupes qui débordent d'énergie, qui manient l'humour,
ou pas, qui s'adressent au public ou qui, simplement, dégagent
quelque chose qui les différencient automatiquement du public…
(le temps du concert, après c'est une autre histoire) sinon a
quoi bon ? |
Je n'étais pas acteur de ce milieu. J'ai du voir entre 300 et 400 concerts, et ce, pour la musique et non par militantisme. Comme dans toutes "micro société" il y a des codes d'acceptation sociale (genre choisi bien ton "t-shirt de groupe" avant d'aller au concert) : au cours de discussions lors des concerts, j'ai pu m'apercevoir que tous les gens autour de moi avaient une activité en rapport avec la musique "underground" (l'idée c'est "t'es pas dans le coup si tu fais pas partie d'un groupe, ou ingé son, ou label, ou fanzine ou alors si tu bosses pas dans le social" c'est plutôt étouffant comme sensation voire élitiste parfois. Je n'ai bien évidemment jamais entendu de tels propos mais c'est un sentiment diffus que j'ai souvent ressenti). Je ne crois
pas au "vivre autrement" en formant un groupuscule qui se
veut éthique, tolérant, ouvert et qui finalement ne regroupe
que des gens qui se ressemblent de par leurs activités "underground"
et ou tout le monde a les mêmes idées. Comment peut il
y avoir débat si tout le monde est déjà d'accord
sur le fond. Mes disques
des clash, dead kennedys, fugazi, sonic youth, le cinema de kusturica,
de jarmush... m'ont construit depuis l'adolescence. Je ne remercierai
jamais assez ce type au collège qui me donna une K7 des DK. C'est
tout cela qui a aiguisé mon sens critique au fil du temps. C'est
grâce a cette contre-culture que j'ai posé un regard neuf
sur notre monde et que j'essaie, à ma petite échelle,
de sortir des sentiers battus et de vivre autrement que le commercial
beauf, misogyne, qui mise tout sur sa voiture et son écran plasma.
Je ne suis pas foncièrement diffèrent des autres. Tout
est parti d'une rencontre au collège. Tout est donc possible
si c'est fait relativement tôt. L'école et l'éducation
devraient être la priorité absolue aujourd'hui… on
en est loin. La culture graphique, musicale, cinématographique
tiennent une place importante dans ma vie et beaucoup de mes réflexions
partent de là. Donner de la place aux alternatives artistiques
dans notre société, voila ce qui ferait peut être
bouger un peu les mentalités (bouhhhhh quelle horrible expression).
Les concerts punk rock ou "underground", les cinémas
d'art et d'essais entretiennent heureusement ces alternatives. Mais
ces performances regroupent des gens déjà convaincus.
Un peu comme Mickael Moore et ses très bons documentaires qui
ne rassemblent dans les salles qu'un public déjà acquis
à sa cause. Le salut de l'underground n'est il pas de venir parasiter,
bousculer cette grosse machine qu'est notre société actuelle
en allant a sa rencontre plutôt que de faire sa révolution
dans son coin de façon anonyme et finalement assez élitiste.
Je me (vous) pose la question. /Laurent/
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