Voilà quelques temps que Chris me parlait de ce projet. Interpellé par le titre de l'album des allemands de Yage, "Anders Leben !?", Chris s'est intérrogé sur sa propre vie, et les choix qu'il fait pour éviter le conformisme d'une vie trop souvent vide de sens. A travers son témoignage, nous aimerions lancer une nouvelle rubrique dont l'existance ne dépendra que de vous… En effet, nous souhaiterions que vous vous exprimiez, qu'à votre tour vous fassiez part de votre expérience. Cette rubrique aimerait devenir un carrefour où les opinions se croisent et les expériences s'enrichissent. Pour une fois, nous vous demandons d'être acteur, d'offrir, de partager et de ne plus seulement passer par ici. J'espère que l'expérience fonctionnera et prendra de l'ampleur. Cela ne dépend que de vous.

Pour cela, il vous suffit d'envoyer vos textes à notre adresse, et nous mettrons en ligne les meilleurs. Le but n'étant pas de censurer les textes, mais juste de ne pas transformer cette rubrique en forum, très présents sur Internet, mais bien trop souvent vides de contenu et inintéressants. J'espère que vous adhérerez à notre démarche en prouvant que notre scène n'est pas une copie dissimulée d'une société passive.

 

Illustration par Olivier Remy

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9. Laurent, 30 ans
graphiste maquettiste exilé dans les DOM TOM

 

VIVRE AUTREMENT!?

 

Tout d'abord, très bonne initiative que cet espace d'expression sur le thème de "vivre autrement". Suite aux propos de Mathieu, je voudrais continuer sur cette notion de "milieu" underground.
Je serais sans doute un peu hors sujet parfois et ne voyez pas d'aigreur dans mes propos, c juste que je suis content de pouvoir mettre par écrit quelque chose qui me tient a coeur depuis longtemps.
Je crois effectivement que l'underground reproduit ses codes à lui. L'idée de ne pas faire partie DU système est une idée qui me semble naïve ou alors totalement radicale (sommes nous beaucoup a être prêts a vivre a l'état de nature, et de porter des vêtement en chanvre ? ou tout simplement de vivre en communauté genre 60's ?)
Je pense plutôt que c'est a chacun de réfléchir sur ce monde et d'essayer de vivre dans ce système en cultivant ses différences ou en proposant des alternatives. Avons nous a faire a un rouleau compresseur qui finira par nous tuer ou plutôt a un mécanisme gigantesque dont nous pouvons encore modifier certains engrenages ? C'est plutôt cette 2e option que je choisirais.

L'appartenance a un milieu dit "underground" ne m'a pas rien apporté de positif. J'ai ressenti les mêmes comportements qu'ailleurs. Les apparences et le politiquement correct sont également présents dans le punk rock, même dans un concert de 50 hard-coreux. Beaucoup se persuadent d'être "en marge" en s'habillant en treillis/sweat a capuche ou en étant déraisonnablement excessif et enthousiaste au sujet du groupe quelconque qui joue ce soir la. J'ai parfois eu la sensation qu'a partir du moment ou le groupe est "intègre", "éthique", ou qu'il fait partie d'une "communauté underground", on en oublie sa qualité musicale ou sa prestation scénique, comme s'il était excusé d'avance. Comme si, être "underground" suffisait pour être un bon groupe de rock'n'roll! J'ai connu une période faste de concerts dans les 90's (ça fait un peu ancien combattant je l'avoue) grâce a l'association silly hornets : neurosis, no means no, alice donut, victims family, doa… bref depuis je n'ai plus retrouvé cette "qualité" de "show". (mes derniers concerts étaient souvent des groupes, certes au point, aux morceaux bien foutus mais au charisme et a la présence scénique proches du zéro. (bien souvent français, il faut le reconnaître). Je crois que je préférerais voir plus de "connards arrogants" sur scène et qui ne seraient pas hors système mais qui donneraient le maximum pour le show. La musique n'est pas la meilleure "arme" du vivre autrement. Il me semble important de savoir parfois dissocier la musique de l'éthique. On en a rien a foutre de savoir que le batteur ou le guitariste du groupe sur scène est un mec classe, qui est végétarien ou qui dirige un label. Je fais partie d'un certain public qui aime voir des groupes qui débordent d'énergie, qui manient l'humour, ou pas, qui s'adressent au public ou qui, simplement, dégagent quelque chose qui les différencient automatiquement du public… (le temps du concert, après c'est une autre histoire) sinon a quoi bon ?

Je n'étais pas acteur de ce milieu. J'ai du voir entre 300 et 400 concerts, et ce, pour la musique et non par militantisme. Comme dans toutes "micro société" il y a des codes d'acceptation sociale (genre choisi bien ton "t-shirt de groupe" avant d'aller au concert) : au cours de discussions lors des concerts, j'ai pu m'apercevoir que tous les gens autour de moi avaient une activité en rapport avec la musique "underground" (l'idée c'est "t'es pas dans le coup si tu fais pas partie d'un groupe, ou ingé son, ou label, ou fanzine ou alors si tu bosses pas dans le social" c'est plutôt étouffant comme sensation voire élitiste parfois. Je n'ai bien évidemment jamais entendu de tels propos mais c'est un sentiment diffus que j'ai souvent ressenti).

Je ne crois pas au "vivre autrement" en formant un groupuscule qui se veut éthique, tolérant, ouvert et qui finalement ne regroupe que des gens qui se ressemblent de par leurs activités "underground" et ou tout le monde a les mêmes idées. Comment peut il y avoir débat si tout le monde est déjà d'accord sur le fond.
Combien de personnes "cool" traînant dans les concerts portant des adidas "gazelle" les achetant en croyant faire la nique a nike....
A-t-on le droit de reprocher aux gens de ne pas se renseigner sur la "traçabilité" des articles qu'ils achètent. Qui somme nous pour les juger ?

Mes disques des clash, dead kennedys, fugazi, sonic youth, le cinema de kusturica, de jarmush... m'ont construit depuis l'adolescence. Je ne remercierai jamais assez ce type au collège qui me donna une K7 des DK. C'est tout cela qui a aiguisé mon sens critique au fil du temps. C'est grâce a cette contre-culture que j'ai posé un regard neuf sur notre monde et que j'essaie, à ma petite échelle, de sortir des sentiers battus et de vivre autrement que le commercial beauf, misogyne, qui mise tout sur sa voiture et son écran plasma. Je ne suis pas foncièrement diffèrent des autres. Tout est parti d'une rencontre au collège. Tout est donc possible si c'est fait relativement tôt. L'école et l'éducation devraient être la priorité absolue aujourd'hui… on en est loin. La culture graphique, musicale, cinématographique tiennent une place importante dans ma vie et beaucoup de mes réflexions partent de là. Donner de la place aux alternatives artistiques dans notre société, voila ce qui ferait peut être bouger un peu les mentalités (bouhhhhh quelle horrible expression). Les concerts punk rock ou "underground", les cinémas d'art et d'essais entretiennent heureusement ces alternatives. Mais ces performances regroupent des gens déjà convaincus. Un peu comme Mickael Moore et ses très bons documentaires qui ne rassemblent dans les salles qu'un public déjà acquis à sa cause. Le salut de l'underground n'est il pas de venir parasiter, bousculer cette grosse machine qu'est notre société actuelle en allant a sa rencontre plutôt que de faire sa révolution dans son coin de façon anonyme et finalement assez élitiste. Je me (vous) pose la question.
L'underground permet il de vivre autrement ? Peut-on vivre autrement sans être militant ? Quels sont les résultats concrets d'un tel combat" idéologique"? N'est-ce pas un moyen pour nous, riches occidentaux, de nous déculpabiliser d'appartenir aux 10% de gens riches de la planète se partageant 95 % des ressources mondiales ???
Bref + de questions que de réponses. Ma pensée et mes mots sont désordonnés mais j'espère que l'idée générale est passée : l'underground artistique est primordial mais le regroupement communautaire qu'il engendre ne propose pas vraiment de vivre autrement...

/Laurent/

 

 

suite des témoignages