archives BD

Cellule Poison 4.
Dans les serres de l’aigle

Astier
dargaud

C’est contraint et forcé qu’Astier a laissé planer le suspense de "Cellule Poison" pendant deux ans, Dargaud lui ayant demandé de mettre sa série fétiche entre parenthèses le temps de dessiner les 2 premiers tomes de "L’affaire des affaires" de Denis Robert. On l’excusera d’autant plus facilement que sa collaboration avec le journaliste engagé et tenace est une édifiante réussite. La parenthèse presque refermée (il reste encore tout de même un tome à paraître de "L’affaire des affaires", probablement quand les juges auront pu faire toute la lumière -juste et indépendante, on l’espère- sur le dossier Clearstream), Astier revient avec un épisode 4 toujours aussi âpre et prenant.
Alors que l’on approche du dénouement de la série (elle est prévue en 5 tomes) et que les différentes pièces du puzzle commencent à trouver leur place, l’auteur ne change rien à son style : trait (pas toujours très précis techniquement mais diablement efficace) vif et sans fioritures, aplats de couleurs très vives et violentes, à l’image du scénario, qui nous dévoile ici quelques pans importants de la tragédie de Clara nous permettant de comprendre un peu mieux pourquoi elle a fini par tuer Zani d’une balle en pleine tête alors qu’elle était infiltrée dans un réseau de prostitution pour le compte de la Cellule Poison dirigée par le commissaire Marchal.
Vengeance, code d’honneur (Zani a été élevé dans un village traditionnel albanais), culpabilité (Zoran se rend compte que c’est parce qu’il a mené une opération en solo pour sortir sa sœur des griffes des proxénètes que sa collègue est ensuite tombée dans leur piège) ; maternité et amour : "Dans les serres de l’aigle" mêle une nouvelle fois beaucoup de thèmes et de sentiments forts pour continuer à faire de "Cellule Poison" une plongée aussi efficace que crédible dans l’univers de la mafia albanaise. Et même la partie d’échecs convenue et peu crédible qui commence à la fin de l’épisode (en fait le premier vrai bémol depuis le début de la série) ne nous fera pas changer d’avis.
[sullivan]