A
bord de l’étoile Matutine
Riff Rebb’s
noctambule
Un vieil homme prend
la plume pour exorciser ses démons. Il a décidé de consigner
dans ce livre tous ses crimes et fautes commis avec les gentilshommes de fortune
du XVIIIe siècle, histoire de faire taire le diable une bonne fois
pour toutes. Ainsi apprend-on ici comment notre homme rejoint très
jeune l’équipage de l’impitoyable John Merry, comment un
vieil aveugle sans foi ni loi devint le plus fidèle des apôtres
de Dieu, pourquoi une belle diva italienne fut abandonnée sur un ilot
au beau milieu de l’océan ou que la vie d’un homme
ne vaut parfois pas plus que celle de trois chiots.
On pouvait se dire, a priori, qu’en choisissant un genre, le récit
de pirate, toujours prompt à faire travailler l’imaginaire du
lecteur, cette nouvelle collection Noctambule avait joué la carte de
la sécurité pour son baptême du feu. Sauf que. Sauf que
le roman de Pierre Mac Orlan, que Riff Rebb’s a ici décidé
d’adapter, est à mille lieues des aventures épiques habituelles
et de la figure héroïque du pirate stéréotypée
trop souvent proposées. Non, ce que Mac Orlan met en exergue, c’est
au contraire l’envers du décor : les turpitudes de la flibusterie,
son quotidien parfois trivial et peu excitant ou ses actes infâmes et
méprisables . Car flibustier était un métier que
l’on choisissait et pour en vivre tout était bon : les abordages
flamboyants de riches goélettes mais aussi les petites arnaques plus
difficilement avouables.
“A bord de l’étoile Matutine” nous emmène
donc en voyage sur les flots avec à la barre un Riff Rebb’s en
grande forme, qui évoque (avec le souffle romanesque qui sied au genre,
une narration très littéraire et un dessin inspiré) les
superstitions de ses (anti-) héros mais aussi leurs chicanes, rêves
de trésors, soûleries, peines de cœur ou fins tragiques
au gibet.
Ce roman graphique assez captivant, porté par des personnages hauts
en couleurs, lance idéalement une collection dont on attend désormais
la prochaine sortie (une adaptation du “Dernier des Mohicans”
par Cromwell prévue pour le second semestre 2009) avec un réel
intérêt.
[sullivan]