archives BD

New York Trilogie 2. L’immeuble
Eisner
delcourt

Depuis 2000, les éditions Delcourt ressortent les œuvres du grand Will Eisner pour les rassembler (elles étaient auparavant sorties chez diverses structures en France, comme Comics usa, Albin Michel, Rackham, Vertige Graphic…) au sein de la collection Contrebande. Ce second volet poursuit la trilogie new-yorkaise et bénéficie une nouvelle fois d’une édition soignée qui comprend le récit principal donnant son titre au livre mais aussi des histoires courtes dans lesquelles Eisner croque des scènes cocasses ou plus graves d’habitants de la ville ainsi que deux fins alternatives à des récits finalement non-retenues par l’auteur.
Après “La ville”, premier tome dans lequel l’auteur baladait son regard sur sa ville natale, cette seconde partie zoome, en quelque sorte, pour cette fois s’intéresser à un édifice en particulier. Le récit part en fait d’une interrogation : que reste-t-il quand un immeuble est abattu ? Eisner a le sentiment qu’un bâtiment qui a accueilli des êtres humains, qui a été témoin de leurs rires et larmes et qui a fait partie de la vie de la ville pendant tant d’années a une âme. C’est en tout cas ce qu’il tente de démontrer ici en retraçant la vie de 4 personnages dont la destinée a été inextricablement liée à cet immeuble et dont les fantômes apparurent un jour devant l’entrée du building ultramoderne l’ayant remplacé.
Véreux promoteur immobilier obsédé par l’achat de ce fameux immeuble, musicien jouant du violon dans la rue pour le plaisir des passants, femme mariée continuant à voir son amour de jeunesse devant l’entrée, homme ayant consacré sa vie aux enfants pour trouver la rédemption : on est une nouvelle fois bluffés par la capacité du dessinateur américain à faire ressortir l’humanité du plus profond de ses personnages. De son trait fluide et élégant et de sa mise en page si novatrice pour l’époque, il cerne leurs petits défauts, vices et autres obsessions pour leur donner véritablement vie pendant quelques pages. Et ce avec une facilité et un naturel déconcertants.
Scénario original (il n’est tout de même pas si fréquent qu’un immeuble soit le personnage principal d’un récit), personnages attachants, fluidité de la narration : le talent d’Eisner s’exprime jusque dans ses œuvres plus “mineures”.

[sullivan]

 

 


Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions à :
If you want to be reviewed here, send your promotionnal stuff to :
Mathieu Gelezeau - 51, rue Paul Vaillant Couturier - 92240 Malakoff - France /
email : positiverage(a)hotmail.com