Big
Foot. 3éme balade : Créatures
Dumontheuil
futuropolis
Comment pouvait-il en
être autrement ? Comment clore cet incroyable triptyque sans un
final abracadabrantesque, un feu d’artifices surréaliste ?
Ce n’était objectivement pas possible. Dumontheuil emmène
donc ses deux héros tueurs à gages jusqu’au bout de son
récit délirant. Ned, le blanc atteint d’une crampe de
la gâchette depuis un contrat en Louisiane et Zeb, le noir qui compte
tout ce qui l’entoure, chargés de retrouver la sœur de Magic
Child, peut-être enlevée par le Big Foot.
“Créatures” a donc pour mission d’éclairer
notre lanterne, qui se trouvait, il faut bien l’avouer, dans une obscurité
totale. Il faut dire qu’entre les problèmes psychologiques de
nos deux gaillards, la nymphomanie des jumelles Hawkline, les expériences
scientifiques de leur père, les prophéties étranges des
indiens et le retour du Big Foot, on ne savait plus trop où donner
de la tête. Cette troisième balade fait donc feu de tout bois
en ce qui concerne les révélations. Ainsi, vous saurez pourquoi
Zeb passe son temps à compter, vous saurez aussi ce qui se cache derrière
la crise existentielle de Ned ou pourquoi le monstre est redescendu de la
montagne. Et bien d’autres secrets seront dévoilés, plus
loufoques et plus imprévisibles les uns que les autres.
Mais si ce 3ème tome est aussi inventif que ses prédécesseurs,
il est cependant plus sombre et plus grave aussi, par moments, puisque l’auteur
y incorpore des épisodes noirs de l’histoire américaine
comme la barbarie de l’esclavagisme ou le génocide des indiens.
Il y met également en scène une prophétie du chef indien
Seattle pour pointer du doigt l’irresponsabilité de l’homme
dans son comportement vis-à-vis de sa planète, qu’il s’emploie
à détruire depuis maintenant plus d’un siècle.
Cet ultime opus clôt en tout cas de la plus belle des façons
ce triptyque follement imaginatif, laissant apparaître une critique
acerbe de l’être humain derrière la fantaisie et le loufoque.
Une réussite totale.
[sullivan]