Pauvres
zhéros
Pelot/Baru
casterman/rivages
Quelque part dans les
Vosges. La responsable d’un orphelinat demande à une éducatrice
d’encadrer seule une sortie d’enfants. Au retour, il manque un
garçon, mongolien de surcroît, resté dans la montagne.
Le préfet et les responsables locaux organisent les recherches mais
le petit reste introuvable. Seule piste : sa casquette, retrouvée
sur un tas d’ordures à proximité de chez Darou, un marginal
un peu illuminé qui voit parfois des extraterrestres se promener autour
de chez lui…
Pour l’une des premières parutions de cette collection (lancée
conjointement par Rivages et Casterman) qui se propose d’explorer ce
que l’âme humaine a de plus sombre, Baru s’est emparé
avec gourmandise du texte très désenchanté de Pierre
Pelot (à qui l’on doit également “L’été
en pente douce”, dont un film a été tiré) paru
chez Rivages en 1982. En choisissant d’adapter le récit de ce
qui aurait pu être un fait divers sordide, il a dû très
rapidement sentir qu’il avait là une occasion unique de brosser
le portrait d’une France profonde, un brin reculé, où
l’on croise d’autres mœurs, celles de paumés, d’attardés
mentaux et autres voyous pas bien malins mais aussi d’aumôniers
pas très nets qui enferment les enfants dans la chapelle pour les punir,
de responsables d’hospices qui font des économies sur le dos
des petits vieux et de notables qui ferment les yeux par amitié ou
indifférence. Et que nous disent Baru et Pelot ? Que les plus
pervers, les plus dangereux ne sont pas forcément ceux que l’on
croit !
De son trait acéré et cinglant, Baru ne se fait pas prier pour
dynamiter (au propre comme au figuré) ce microcosme (qu’il connaît
bien pour y avoir vécu) où non-dits et petits secrets ont cours
et où les plus puissants ont souvent le dernier mot. “Pauvres
zhéros”, c’était vraiment du cousu main pour un
auteur engagé tel que Baru. Voilà en tout cas cette nouvelle
collection idéalement lancée.
[sullivan]