La
communauté [entretiens] Première partie
Tanquerelle/Benoît
Futuropolis
Célébrations
de l’anniversaire des 40 ans de Mai 68 obligent, on a vu quantités
de livres, cds, films et que sais-je encore débarquer sur le sujet.
S’il fallait ne garder qu’une de ces œuvres, cela pourrait
être “La communauté”, tant cette première
partie se montre à son aise.
A l’instar de Davodeau et de son très bon “Les mauvaises
gens”, Tanquerelle a décidé de mettre en lumière
une partie de la vie de son beau-père, Yann Benoît, lorsque ce
dernier participa à une expérience libertaire. Armé de
ses crayons et d’un magnétophone, il a donc commencé à
rendre compte de ses entretiens avec lui sur le sujet : l’achat
par une vingtaine de copains d’une ferme pour y travailler, cultiver
et élever des animaux afin de vivre en autarcie et en phase avec les
valeurs ayant porté Mai 68.
Il restait cependant un problème de taille : trouver une façon
attrayante de mettre en scène deux personnes qui discutent autour d’une
table. Tanquerelle a donc choisi de faire de constants va et vient entre le
présent, les entretiens, et le passé, la parenthèse enchantée
vécue par son beau-père. Histoire d’éviter la routine
narrative, il a également opté pour de fréquents changements
graphiques, alternant trait au crayon et lavis et fait parfois se rencontrer
passé et présent en téléportant Yann Benoît
et lui-même sur les lieux dont ils sont en train de parler.
Ces choix formels permettent à l’auteur de donner toute sa force
documentaire au récit et de livrer un témoignage passionnant
sur la révolte de 68. Il replace cette tentative de vie en communauté
dans le contexte social, économique et politique de l’époque
pour tenter de comprendre quels furent le parcours et les motivations de son
beau-père et sa bande. Il en profite, au passage, pour démystifier
ce qui se passa cette année-là : non les acteurs de Mai
68 n’étaient pas tous des baba cools qui fumaient de l’herbe
et couchaient avec tout le monde et non ils n’étaient pas non
plus tous des révolutionnaires engagés politiquement.
Narration maîtrisée et rythmée, récit aussi intéressant
que drôle (l’inexpérience des copains en matière
de bricolage ou leur confrontation avec le monde paysan donne lieu à
quelques scènes réjouissantes), choix graphiques judicieux :
tout concourt à faire de cette première partie une vraie réussite.
Vivement la fin !
[sullivan]