Un
voyage
Lambé/De Pierpont
futuropolis
C’est à
un voyage particulier et émouvant que nous convient Lambé et
De Pierpont. Un voyage vers la mort.
Début du récit. Le personnage principal se trouve dans un bureau,
prostré. Un docteur vient de lui annoncer que sa leucémie vient
de se réveiller et qu’il n’a plus que quelques semaines
à vivre. Comment occuper ces derniers jours ? Faut-il d’ailleurs
les vivre ? Et comment expliquer à Babette qu’il est mourant
alors qu’il n’avait jamais réussi à lui dire qu’il
avait eu un cancer 8 ans auparavant ?
Alors, il décide de prendre sa voiture et de partir. Il roule au hasard.
Pour se soûler de paysages. Pour ne plus penser à rien. Mais
pour être complètement en paix avec lui-même avant la fin,
il veut revoir Sophie, un amour de jeunesse, pour s’excuser et lui dire
qu’il l’a aimé.
Lambé et De Pierpont ont une nouvelle fois trouvé le ton juste
pour conter ce récit intimiste. Découpage lent, trait minimaliste,
textes discrets : les auteurs ont choisi de ne dire que le nécessaire,
préférant montrer et suggérer pour laisser le lecteur
trouver son propre chemin auprès du protagoniste. Et c’est justement
de ce dépouillement, de cette sobriété graphique, qui
laisse entrevoir la fragilité de la vie, l’absence qui se dessine
déjà derrière la présence, que naissent la justesse
et l’émotion.
“Le voyage” est une œuvre rare, une nouvelle fois magnifique
de subtilité. Et de force. Qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte.
[sullivan]