La
terre sans mal
Lepage/Sibran
aire libre
Décidément,
l’Amérique du sud, Lepage, ça l’inspire. On se souvient
notamment avec plaisir de son évocation de la révolution sandiniste
au travers de la vie d’un jeune séminariste homosexuel dans le
très remarqué “Muchacho”. Dupuis nous donne aujourd’hui
l’opportunité de redécouvrir “La terre sans mal”
grâce à cette superbe réédition (qui propose jaquette,
hors texte et dessins inédits) à l’occasion des 25 ans
de la collection.
Anne Sibran nous y conte l’histoire d’Eliane Goldschmidt, jeune
linguiste française partie vivre dans une tribu Mbya pour y poursuivre
l’étude du guarani en Février 1939. A son arrivée,
elle ne reconnaît pas ces indiens qu’elle avait déjà
côtoyés au cours d’un séjour précédent.
Ils sont tristes, résignés et semblent ne plus avoir goût
à rien. Mais bientôt des préparatifs de fête commencent.
La venue du Karaï, l’Homme-Dieu, est annoncée. Et il se
murmure qu’il veut guider les Mbyas vers la terre sans mal, le paradis
sur Terre.
La présence incongrue de cette européenne est, bien sûr,
un alibi narratif pour évoquer de formidable façon la culture,
la langue et la spiritualité de ces Mbyas et pour rendre hommage à
ce peuple qui n’a eu de cesse de se battre, depuis l’arrivée
de l’homme blanc, pour préserver son mode de vie et, en fait,
garder son âme. Et cette quête de la terre sans mal n’est
finalement que la métaphore de cette lutte. La narration d’Anne
Sibran est tour à tour poétique ou forte, sensible ou exaltée.
Elle réussit le tour de force de nous rapprocher de ce peuple en nous
donnant l’impression de faire ce voyage à ses côtés.
Elle partage bien sûr cette réussite avec Lepage dont le dessin
magnifie véritablement le récit. On lit dans son trait très
expressif et ses admirables aquarelles le respect et l’admiration que
l’auteur éprouve à l’égard des Indiens d’Amérique.
Voilà pourquoi “La terre sans mal” fait clairement partie
des œuvres qui ont donné ses lettres de noblesse à la collection
Aire libre. Cela valait bien une réédition.
[sullivan]