Big
Foot. 2éme balade : Holly Dolly
Dumontheuil
futuropolis
Dumontheuil a intitulé
sa deuxième série “Big Foot”. Et ce n’est
bien sûr pas un hasard. Car si l’on utilise parfois le sobriquet
de “bd gros nez” pour désigner la bd humoristique en France,
l’expression a son équivalent aux Etats-Unis : “Big
foot comics”, la bd grand pied. Vous savez maintenant à quoi
vous attendre. Mais quand on connaît Nicolas Dumontheuil, l’avertissement
est superflu. Car s’il s’est cette fois mis en tête de se
frotter au western (avec l’adaptation d’une œuvre de Richard
Brautigan, “le monstre des Hawkline”), c’est bien entendu
avec la ferme intention de s’approprier les codes du genre pour ensuite
mieux les détourner et en livrer sa propre version, loufoque et délirante
à souhait.
Dans cette deuxième balade, on retrouve nos deux compères tueurs
à gages : le noir Zeb et le blond Ned. Le premier n’a pas
perdu sa manie de tout compter (les poutres qui se trouvent au plafond, les
coups de rein lorsqu’il fait l’amour ou les moutons qu’il
croise en chemin) tandis que le second n’a pas résolu sa crise
existentielle. Le pauvre a une “crampe du revolver” : il
n’arrive plus à tuer et il ne comprend toujours pas pourquoi.
Nos héros se rapprochent de la piste qui mène à Holly
Doll, que sa sœur, Magic Child, les a chargés de retrouver. Leur
quête les met sur la route de personnages toujours aussi truculents :
Magic Child, donc, la fausse indienne nymphomane, le père adoptif de
Ned atteint de la malédiction du braquemart, Sheep Buggy, le tueur
de moutons psychopate, et j’en passe…
En fait, tout concourt à faire de cette trilogie un petit chef-d’œuvre
comique. Mimiques hilarantes des visages captées par ce trait très
fluide et spontané, situations aussi cocasses les unes que les autres,
rebondissements aussi fantaisistes que possible, commentaires moqueurs ou
second degré en voix off, saillies verbales jouissives : non,
vraiment, il n’y a rien à jeter dans cette série menée
par un Dumontheuil au meilleur de sa forme depuis l’excellent “Qui
a tué l’idiot ?”, Alph’art du meilleur album
1995 à Angoulême.
[sullivan]