Trois
ombres
Pedrosa
delcourt
“Trois ombres”
est l’occasion de dire tout le bien que l’on pense de la collection
dirigée par Lewis Trondheim chez Delcourt. En effet, le créateur
de Lapinot a fait de “Shampooing” un véritable espace de
liberté qui permet aux auteurs de montrer des facettes différentes
de leur talent. Ainsi, qui aurait pensé que Pedrosa, le dessinateur
de “King Circus” ou “Shaolin Moussaka” pouvait se
muer en auteur complet capable de sortir des sentiers battus de la bd de la
sorte ? Certainement pas grand monde à part Lewis Trondheim.
L’histoire commence dans la joie et la béatitude. Joachim est
en effet un garçon qui grandit dans un monde paradisiaque : il
vit dans une petite maison paisible, va à la chasse avec son papa,
trait la vache avec sa maman et, surtout, il est entouré de l’amour
de ses parents. Jusqu’à ce que 3 ombres, des cavaliers inquiétants,
apparaissent un soir sur la colline faisant face à la fenêtre
de sa chambre et viennent menacer le bonheur, fragile, de cette petite famille.
Pedrosa a choisi la forme du conte fantastique pour raconter le drame de cette
famille. Ainsi plante-t-il un père aux allures de géant pour
montrer sa volonté de protéger son enfant envers et contre tout.
Un conte qui prend rapidement des allures de voyage initiatique. Voyage, forcé,
qui donne la possibilité à ce père de découvrir
le monde et lui permet d’ apprendre à accepter graduellement
l’ordre naturel des choses pour pouvoir ensuite continuer à vivre
aux côtés de ceux qu’il aime.
Pedrosa propose ici une jolie évocation de la confrontation de parents
à la mort d’un enfant ainsi que de l’ambivalence de la
vie, faite de bonheurs et de malheurs. Emouvante mais pleine d’espoir
aussi.
[sullivan]