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Les
champs d'honneur
Rouaud/Deprez
(castermam)
Après la force des couleurs à l'huile utilisées pour
dépeindre la tragédie d' Othello, Denis Deprez a, cette
fois, opté pour la fragilité de l'aquarelle pour "Les
champs d'honneur", adapté du roman de Jean Rouaud, prix Goncourt
1990.
On croit, pendant assez longtemps, qu'il y brosse le portrait d'un homme
charismatique. Ce grand-père intraverti qui aime par-dessus tout
les siestes estivales à l'ombre d'un acacia ou les balades provençales
en solitaire, fait en effet figure de personnage principal pendant les
vingt premières pages. Mais, soudainement, le narrateur, en fait
le petit-fils du grand-père, s'intéresse à une autre
figure emblématique de son entourage : sa tante Marie, institutrice
à la retraite, entièrement dévouée à
son Bon Dieu et d'une gentillesse sans égale pour ses proches.
Et, petit à petit, c'est finalement l'histoire d'une famille toute
entière qui apparaît en filigrane. Une famille souvent frappée
par le malheur et notamment par la tragédie de la première
guerre mondiale. Une guerre 14-18 qui emporta deux de ses fils et marqua
à tout jamais les autres membres de la famille.
"Les champs d'honneur" est un récit simple et intimiste,
aux penchants littéraires qui rend hommage aux victimes de celle
que l'on surnomma à tort "la der des ders" en tenant
à distance le pathos ou le spectaculaire. C'est une histoire touchante
qui d'une grande pudeur, ne se livre que progressivement et nécessite
une seconde lecture pour en comprendre les subtilités narratives.
[sullivan]
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